Accents de France : La Corse

Un samedi matin, à Paris. Sur les murs, les montagnes ont les pieds dans l’eau. Sous ces photos ensoleillées, une dizaine de personnes sont assises autour d’une table.
A Saturday morning in Paris. On the walls, mountains appear from below the water's surface. Below these sunny photos, ten or so people are seated around a table.
-On est en train d’apprendre le corse, qui est une langue ; qui est une langue qui nous vient de très très loin puisque que les Corses, on sait qu’il y a 4000 ans, on existait déjà. Vous aviez des menhirs, etc. Et donc, cette langue, elle fait partie des langues dites minoritaires en France et on les apprend, voilà. Nous, on est un certain nombre, on est 2 ou 3 sur la capitale à essayer de faire passer la connaissance, que les gens, quand ils entendent chanter en Corse, ils puissent comprendre au moins ce que ça veut dire, quoi. Ça c’est important. Après, c’est toute une partie de la culture, la culture corse dans toute sa splendeur puisque bon, moi, je suis profondément corse. Je suis issu d’un village et donc, j’ai ça à fleur de peau. Ce soir, nous allons faire une polenta : c’est un repas traditionnel à la farine de châtaigne en l’honneur de la nouvelle châtaigne, de la nouvelle farine qui a été faite, et voilà. Donc, c’est pour perpétuer certaines traditions, partager nos différences avec d’autres personnes, quoi.
-We're busy learning Corsican, which is a language, a language which comes to us from very, very long ago since the Corsicans we know have been around for four thousand years. You used to have the menhirs, etc. And so, this language is a part of the so-called minority languages in France, and people learn them, you see. There are a few groups of us, two or three in the capital, trying to pass on the knowledge, so that when the people, when they hear singing in Corsican, at least they can understand what it means. That's important. Beyond that, it's all a part of the culture, the Corsican culture in all its splendour since, well, myself, I'm Corsican deep down. I come from a village, and so I've got that under my skin. Tonight, we're going to make polenta. It's a traditional meal made with chestnut flour, in honour of the new chestnuts and of the new flour which has been produced, you see. So, it's to continue some traditions, to share our differences with others.
-Mon père a fait un rejet de la Corse, donc moi, j’y suis revenue et ça a toujours été une espèce de pays mystérieux quand j’étais petite et je l’ai découvert assez tard quand j’avais une vingtaine d’années. Autrement, j’ai du mal justement à retrouver mes racines parce qu’en Corse, j’ai presque plus de famille et les gens que je connais en Corse, parce que j’y vais maintenant tous les ans, les gens que je connais ne parlent que le français, donc on a un mal fou, maintenant à essayer de parler le dialecte ou plutôt la langue. Déjà, je suis linguiste, donc les langues m’intéressent et j’ai fait justement, j’ai été professeur de français langues étrangères, j’ai donné des cours de français aux étrangers donc toutes les langues m’intéressent, mais en particulier cette langue que je connais pas. C’était la langue de mon grand-père et ça me semble un peu bizarre de ne pas connaître la façon dont il parlait. Et puis c’est une jolie langue. Bon, ça ressemble un peu à l’Italien. J’ai fait du latin, ça me plaît beaucoup.
-My father gave up on Corsica, so I, I went back there, and it had always been a kind of mysterious land when I was young, and I discovered it rather late, when I was about twenty. Apart from that, I had trouble rediscovering my roots because in Corsica, I had almost no family, and the people I know in Corsica, because now I go there every year, the people that I know only speak French, so you have a hard time trying to speak the dialect or rather the language. I'm a linguist already, so languages interest me, and I did exactly that, I was a French as a foreign language teacher, so I did French classes for foreigners, so all languages interest me, but especially this language that I didn't know. It was my grandfather's language, and it seems a little strange not to know the way in which he used to speak. What's more, it's a pretty language. It resembles Italian a bit; I did Latin and I really like it.
-Bizarrement, même si je l’ai connue très tard, quand je vais en Corse, j’ai vraiment des émotions très fortes. D’abord, c’est une île qui est très très belle, très attachante. Les gens sont sympas, quoi qu’on dise. Ça, je crois, c’est qu’on dit des choses désagréables dans la presse parisienne mais j’ai jamais eu de problème en Corse et ça, c’est pas écrit sur ma tête que je suis Corse et je ne le dis pas. Je suis mariée, je m’appelle Besnilian, donc, bon. Et j’ai toujours eu de bons rapports avec les Corses. Mais bon, mon nom de famille, c’est Castelli, mon nom de jeune fille et je me sens profondément corse quelque part.
-Strangely, even though I got to know it very late, when I go to Corsica, I really have very strong emotions. First off, it's a very, very beautiful island, very alluring. People are nice, despite what people say. That, I think what it is that people say unpleasant things in the Parisian press, but I've never had a problem in Corsica. And well, it's not written on my forehead that I'm Corsican, and I don't mention it. I'm married, my name is Besnilian, and so… And I've always had good relations with the Corsicans. But, well then, my family name is Castelli, my maiden name, and I feel Corsican deep down, in some part of me.
Quelles sont ces choses désagréables qui font souvent la une de l’actualité ? Des attentats, des assassinats, des règlements de compte, des incendies… Des groupes d’hommes armés et encagoulés ont décidé que la Corse devait s’affranchir de l’autorité française. Malgré la beauté de leur terre, les Corses n’ont pas une bonne image dans le reste du pays à cause de ces événements.
What are these unpleasant things that often make the news headlines? Attacks, assassinations, vendettas, arson… Groups of armed and masked men have decided that Corsica should free itself of French authority. Despite the beauty of their land, Corsicans don't have a good image in the rest of the country because of these events.
-Per me1, être Corse ne veut pas dire que je suis différent des autres. Ça, c’est une chose absolument capitale pour moi. Maintenant, ceci dit, j’ai quand même une culture, une façon de voir un peu les choses un peu différente. Je mets des sentiments qui sont un petit peu différents. Par exemple, vous pouvez dire : j’ai mal à la tête. En Corse, « j’ai mal à la tête », on peut le dire de différentes façons ; on a une structure différente. Mi sente u capu et là, ici, c’est : « je me sens la tête ». Bien entendu, vous avez un peu quelque chose d’affectif et vous retrouvez ça un petit peu dans l’italien ou même l’espagnol, dans ces langues un peu du Midi méditerranéen. Et pour moi, je suis attaché à ce qu’il y ait un petit peu ces intonations, ces différences, ces façons de voir un petit peu différentes, qui étaient liées à notre économie agro-pastorale et qui, bien sûr, est en train de disparaître mais j’essaie un peu de garder un peu. Alors, pas de communautarisme pour moi, ça c’est clair. Je suis un citoyen français attaché à l’égalité des droits mais, en même temps, j’essaie de cultiver (ça, c’est à titre personnel), ma petite façon de voir un peu les choses, ma culture, appréhender un peu les saisons… tout ça, cette façon-là, tout simplement. Ecco !
-For me, to be Corsican doesn't mean that I am different from others. That's something which is absolutely crucial for me. Now, having said that, I still have a culture, a bit of a way of seeing things a little differently. I show emotions which are a little different. For example, you'd say, "I have a headache." In Corsica, "I have a headache" can be said in different ways, we have a different structure. "Mi sente u capu", which is "I'm feeling my head." Of course, you have something a little more emotional, and you see that a bit in Italian or even Spanish, in the languages a bit south around the Mediterranean. As for me, I'm attached to the fact there are these intonations, these differences, these ways of seeing things a little differently tied to our agricultural economy, and which is of course, disappearing, but I'm trying to hold on to it a bit. So no separatism for me, that's clear. I'm a French citizen in favour of equal rights, but at the same time I try to cultivate (that's in a personal capacity) my own little way of seeing things, my culture, of understanding the seasons a little… all of that, that way of being, quite simply.
-La gastronomie corse, il y a deux points importants : il y a la charcuterie, c’est-à-dire l’élevage des porcs en liberté. Alors ça, c’est un élevage traditionnel qui date de la nuit des temps, plus ensuite la châtaigne. La châtaigne, c’est aussi une culture, qui est un peu plus récente puisqu’elle date peut-être du 12ème ou 13ème siècle, pour en faire une centaine de plats différents à la farine de châtaigne ou aux châtaignes, quoi. Voilà ce qu’on peut dire, ensuite vous avez un autre produit, c’est l’élevage. Depuis la nuit des temps aussi, en Corse, on est des pasteurs. On élève des brebis et des chèvres et avec ce on fait du fromage frais. On fait du fromage qu’on affine et on fait surtout, à base de petit lait, le Brocciu qui est connu. Et donc, ce soir, le plat traditionnel, c’est figatellu donc la partie porc, la partie châtaigne qui est la polenta, la farine de châtaigne, et la partie pastorale qui est le brocciu. Voilà, les trois sont réunies et c’est vraiment un plat culturel.
-Corsican cuisine, there are two important points: there's the pork, that is, raising pigs, free-range. So, that, that's a traditional way of raising livestock which dates back to the dawn of time, and then there's the chestnut. The chestnut, it's also an agricultural product which is a little more recent, dating back perhaps to the 12th or 13th century; you can make a hundred or so different dishes from chestnut flour or from chestnuts. That's what we can say... then we have another product, that's livestock farming. Since the dawn of time as well, in Corsica, we are shepherds. We raise sheep and goats, and with this, we make fresh cheese. We make cheese which we refine, and in particular, we make the buttermilk-based Brocciu which is well known. And so, this evening, the traditional dish is "figatellu", so you have the pork part, the chestnut part which is the polenta, the chestnut flour, and the dairy part which is the "brocciu". There you are, the three are brought together and that's really a cultural dish.
-Moi je dis d’abord le parfum, l’odeur. C’est Napoléon, c’est connu, cette phrase de Napoléon : « je peux sentir, les yeux fermés le maquis corse ». C’est vrai ! Vous arrivez, par exemple, vous sentez ces odeurs, le maquis. Ça, c’est la première chose que moi, je sens. La Corse… et après, la Corse, pour moi, la Corse, la bonne entrée en matière de la Corse, c’est pas l’entrée par la mer, oui, la plage. Pour moi, l’entrée, la Corse vraiment la Corse, c’est d’aller à l’intérieur, dans ces villages endormis où il y a peu de monde ; sentir un autre temps. Pour moi, c’est ça, la Corse. Je comprends très bien que le touriste qui vient en Corse, lui, c’est pour être en bord de mer. Je comprends très bien, mais je pense que si on veut vraiment rentrer dans la Corse, c’est peut-être un peu une approche différente, si je peux dire.
-As for me, I say first off there's the scent, the smell. It was Napoleon, it's well-known, this statement from Napoleon: "I can smell with my eyes closed the Corsican scrubland". It's true! When you arrive, for example, you sense these smells, the scrubland. That, that's the first thing that I sense. Corsica… and after that, Corsica for me, Corsica, the right way to get into Corsica is not via the sea, the beach. For me, the way into Corsica, what's really Corsica is to go inland, into these sleepy village where there's very few people, to feel another era. For me, that's Corsica. I understand quite well that the tourist comes to Corsica to be at the seaside. I understand very well, but I think that if you really want to enter into Corsica, there's maybe a slightly different approach to take, if I can put it like that.
La Corse affiche ses différences, comme beaucoup d’îles. Pour mieux comprendre, penchons-nous sur son histoire et les invasions qu’elle a connues : invasions phénicienne, étrusque, romaine, génoise, enfin française.
Corsica displays its differences, like a lot of islands. To get a better understanding, let's look into its history and the invasions it experienced: Phoenician, Etruscan, Roman, Genovese, and finally… French.
-C’est une histoire méditerranéenne, qui n’a rien à voir avec l’histoire de France, je veux dire, puisqu’on est dans le bassin méditerranéen, qu’on est français depuis un peu plus de deux siècles, donc on partage, avec la France, une histoire à peu près identique depuis deux siècles, mais qu’avant ces deux siècles, beaucoup de rencontres, beaucoup d’influences. On s’est épanouis, à travers ça. Surtout, surtout, il faut savoir une chose : c’est que nous ne sommes pas des gens qui ont envahi mais qui ont été envahis. C’est-à-dire que nous sommes un peuple toujours sur la défensive, puisque nous n’avons jamais pris une barque pour aller attaquer un autre peuple, mais on a toujours eu des invasions, c’est-à-dire, des gens ont débarqué chez nous avec l’esprit de conquête. Il faut savoir une chose que très peu de gens savent. Je résumerai en deux mots : c’est-à-dire que la Corse est un réservoir d’eau en Méditerranée ; donc ça a été une grande convoitise, à travers les siècles, de ce réservoir d’eau puisque, lorsque l’on sait que les flottes, pour les galères, etc. avaient besoin d'énormément d’eau et la Corse servait d’ancrage pour récupérer de l’eau, quoi.
-It's a Mediterranean history, which has nothing to do with French history, I mean, since we're in the Mediterranean, and we've been French for a little more than two centuries, so we share with France a history which is almost identical for a little more than two centuries. But before these two centuries, there was a lot of interaction, a lot of influences. We blossomed because of that. In particular, in particular, you need to know one thing: it's that we're not a people who invaded but who were invaded. That's to say that we're a people always on the defensive, since we've never set out on a boat to go to attack another people, but we've always had invasions, that is, people have landed here with the idea to conquer. You need to know one thing which few people know. I'll summarize in a couple of words: that is, that Corsica is a Mediterranean reservoir of water, so that was greatly coveted throughout the centuries, this reservoir of water, since we know that the fleets, the galleys, etc. needed enormous amounts of water and Corsica served as an anchor spot to take on water.


