Régions de France : Poitou Charentes

Par : Françoise Le Roux      Durée : 10,38
septembre 2009
Régions de France :  Poitou Charentes
  

Les régions de France ont leurs particularités, leurs saveurs, leurs patois. Autant de raisons de les explorer. Nous parcourons dix régions de la France profonde en commençant par la région Poitou Charentes.

The regions of France have their specificities, their flavours, their dialects. All the more reason to explore them. We're travelling around ten regions of deepest France, beginning with Poitou Charentes.

C'est une région campagnarde, pittoresque, truculente aussi à la manière de François Rabelais qui y séjourna en son temps.

It's a rural region, picturesque, truculent as well, like François Rabelais who stayed there in his time.

Pour adopter le parler régional, disons que l'on s'y sent 'benèze', c'est-à-dire à l'aise, 'bien aise' comme on dit encore parfois de nos jours, tout à fait bien. On s'y sent comme dans des pantoufles, et ceci n'est pas qu'une métaphore littéraire, car 'les charentaises' sont effectivement des pantoufles très confortables en feutre, créées en Charente au XVIIe siècle.

To adopt the regional way of speaking, let's say that you feel "benèze", that's to say at ease, "bien aise" as people still sometimes say today, completely at ease. When you're there you feel like you're in slippers and that's not just a literary metaphor, because "charentaises" are indeed very comfortable slippers, made in Charente in the 17th century.

Les charentaises, ces chaussons de feutre, étaient portés dans les sabots de bois pour tenir les pieds au chaud. Puis un cordonnier leur a fabriqué des semelles rigides. Elles sont vieillottes et délicieuses, évoquent maintenant, aux temps modernes, des soirées de campagne au coin du feu, les orteils en éventail. Benèze!

"Charentaises", these felt slippers, were worn in wooden clogs to keep the feet warm. And then a cobbler made them with solid soles. They are old fashioned and delicious, evoking now in modern times, evenings by the camp-fire, toes spread wide. Benèze !

À cet attrait pour le 'benèze' s'associe évidemment la gastronomie. On cuisine ce que l'on trouve en quantité et gratuitement sur place à la campagne, les escargots. Avant de crier au scandale, jetez un oeil à la recette locale. Notez qu'ils se mangent en bonne compagnie (la recette est pour 8 personnes, pas moins!) et qu'ils sont agrémentés de ce que le terroir produit de plus savoureux. En patois charentais, un escargot, c'est un luma. Voici donc la recette. Humez, en la lisant, les effluves d'ail, de jambon de campagne qui grésille, le petit vin rouge qui mijote en parfumant la maison.

This attraction for "the good life" is associated of course with gastronomy too. They cook what you find free and in large quantities on the doorstep in the countryside: snails. Before crying out that it's a scandal, take a look at the local recipe. Note that they're to be eaten in good company, the recipe is for eight people no less and they're livened up by the tastiest offerings the earth has to produce. In Charentaise dialect, a snail is "un luma". Here is the recipe. As you read, smell the fragrance of garlic, of country ham which crackles, the modest red win that simmers and scents the house.

La Sauce aux Lumas

La Sauce aux Lumas

Pour 8 personnes

For 8 people

Ingrédients :

Ingredients :

160 escargots petit-gris, 2kg de gros sel gris de l'Ile de Ré, 1l de vinaigre d'alcool, 300g d'oignons, 300g de carottes, 1 tête d'ail, poivre noir en grains, clous de girofle, 300g d'échalotes, 100g d'ail, 250g de jambon de campagne, 3 cuillérées de farine, 2 litres de vin rouge corsé, 1 bouquet garni (laurier, thym, persil liés ensemble), 1 verre de cognac, 150g de beurre des Charentes-Poitou.

160 small grey snails, 2 kilos of coarse salt from the Ile de Ré, 1 litre of alcohol vinegar, 300 grammes of onions, 300 grammes of carrots, 1 head of garlic, ground black pepper, a culin clove, 300 grammes of shallots, 100 grammes of garlic, 250 grammes of country ham, 3 spoons of flour, 2 litres of spicy red wine, 1 bouquet garni (bay leaf, thyme and parsley
bunched together), 1 glass of cognac, 150 grammes of butter from Charentes-Poitou.

Réalisation de la recette :

To make this recipe:

Dégorger en plusieurs fois les escargots au gros sel et au vinaigre ; bien les laver à chaque fois. Préparer le court-bouillon avec un bouquet garni. Verser les escargots dans le court-bouillon chaud et les cuire à grosse ébullition pendant 1 heure 30 en écumant. Laisser refroidir et égoutter.

Clean the snails several times in coarse salt and vinegar; wash them well each time. Prepare the court-bouillon (herb seasoned stock) with a bouquet-garni. Tip the snails in the hot court-bouillon and cook them at boiling point for an hour and half, skimming off the froth. Leave them to cool and drain.

Émincer les échalotes, tailler le jambon en dés et hacher l'ail. Faire suer les échalotes avec le jambon dans le beurre en colorant légèrement. Ajouter l'ail, saupoudrer avec la farine et faire roussir légèrement. Faire flamber vin rouge et cognac chauds et verser sur le mélange échalotes-jambon... Ajouter l'autre bouquet garni. Assaisonner et laisser cuire environ 1 heure sans briser les coquilles.

Slice the shallots, dice the ham and chop the garlic. Sweat the shallots with the ham in butter until lightly coloured. Add the garlic, sprinkle with flour and brown slightly. Flame the hot red wine and cognac and pour it over the ham-shallot mixture... Add the other bouquet garni. Season and leave to cook for around an hour without breaking the shells.

Tout cela a de quoi mettre en joie, n'est-ce pas? Et comme tout finit en chanson, 'la sauce aux lumas' se chante régulièrement durant les agapes, les repas de famille, les mariages. C'est un homme qui remercie sa femme de lui préparer ce plat. En voici le refrain joyeux:

All that makes you happy, doesn't it? And as everything always finishes with a song, "snail sauce" is sung regularly during big gatherings, family meals, marriages. It's a man who thanks his wife for preparing the dish. Here is the joyous chorus :

Quand te m'fais d'la sauce aux lumas,

When you make me snail sauce,

qu'y'entends thiau là, qui jhargotte

When I hear it simmering,

Y t'bijh'rais d'ssus lé deux jhottes,

I'd kiss you on both cheeks,

Y sé benèze dans ma piâ,

I feel good about myself.

Ben tranquill'ment y tremp' dans l'piat,

Calmly I dip again into the dish

Déjà fini, faut qu't'en r'dounes,

Already finished, you need to give me some more

S'te savais comm' t'es meugnoune

It you knew how pretty your are,

Quand te m'fais d'la sauce aux lumas.

When you make me snail sauce

Transcription:

Quand tu me fais de la sauce aux lumas

Que j'entends ça qui mijote,

Je t'embrasserais sur les deux joues

Je suis bien dans ma peau.

Bien tranquillement, je retrempe dans le plat.

Déjà fini, il faut que tu en redonnes.

Si tu savais comme tu es mignonne

Quand tu me fais de la sauce aux lumas.

On ne saurait quitter la région sans se référer à George Sand qui l'a abondamment illustrer en littérature. Dans son roman 'La petite Fadette' (1849), elle tisse l'histoire de deux jumeaux, deux 'bessons' comme on dit, au destin douloureux, à cause du lien qui les unissait:

We can't leave this region without referring to George Sand, who illustrated it abundantly in literature. In her novel Little Fadette (1849) she wove the story of two twins, two "besson" as they're called, with a sad destiny because of the link which joined them together:

"Trop fort, trop exclusif, l'amour de deux bessons, deux jumeaux identiques, Sylvanet et Landry. La sage femme avait prévenu : "presque toujours, il faut que l'un des deux périsse pour que l'autre se porte bien".

"Too strong, too exclusive the love of two bessons, two identical twins, Sylvanet and Landry. The midwife had predicted : "almost always, one has to perish for the other to fare well".

Suivons encore un peu l'écrivaine à travers champs...

Lets follow the author a little as she cuts across the fields...

"Landry ne pouvait pas deviner cette jalousie de son frère ; car, de son naturel, il n'avait eu, quant à lui, jalousie de rien en sa vie. Lorsque Sylvinet venait le voir à la Priche, Landry, pour le distraire, le conduisait voir les grands boeufs, les belles vaches, le brebiage conséquent et les grosses récoltes du fermage au père Caillaud. Comme c'était dimanche, la petite Fadette ne cousait ni ne filait en gardant ses ouailles. Elle s'occupait à un amusement tranquille que les enfants de chez nous prennent quelquefois bien sérieusement. Elle cherchait le trèfle à quatre feuilles, qui se trouve bien rarement et qui porte bonheur à ceux qui peuvent mettre la main dessus."

"Landry couldn't guess at his brother's jealousy; because by nature, he himself had never been jealous of anything in his life. When Slyvinet came to see him at la Priche, Landry, in order to amuse him, took him to look at the big bulls, the beautifully cows, the numerous ewes and the large harvests from old Caillaud's tenant farm. As it was Sunday, little Fadette neither sewed nor spun as she looked after her flocks. She busied her self with a quite pastime that children where we come from sometimes take very seriously. She looked for a four leaf clover, which is rarely found and brings good luck to those can put their hand on it.

La Petite Fadette George Sand 1849

Little Fadette, George Sand, 1849

Film vidéo

Video

Avec Jérémie Renier, Mélanie Bernier, Annie Girardot

With Jérémie Renier, Mélanie Bernier, Annie Girardot

Réalisé par Richard Bohringer, Michaëla Watteaux

Directed by Richard Bohringer, Michaëla Watteaux

Produit par Murmures Productions

Produced by Murmures Productions

La langue vécue

The lived language

Il y a la langue écrite, la langue parlée et dans les langues régionales, des formes linguistiques étroitement liées au vécu.

There's the written language, the spoken language and in regional languages, linguistic forms that are closely linked to what is lived.

Un patois est -même si c'est de moins en moins- avant tout parlé par les gens du peuple, les gens simples, pas par les gens instruits ou fortunés. C'est un signe communautaire qui rassemble et qui fortifie. Si, comme il est dit dans le reportage, "même si on ne comprend pas le patois, on rit quand même aux histoires", c'est que les gestes, les attitudes et les intonations sont de première importance pour l'authenticité de l'expression. Point n'est besoin de maîtriser tous les vocables ni la syntaxe qui sont des vestiges de vieux français, de latin populaire, comme dans le reportage "un besson", venu de "bissus", "bis" (deux fois la même chose). On apprécie surtout les mentalités en situation.

A patois - even if it's less and less the case - is first and foremost spoken by the people, simple people, not the educated or rich. It's a sign of community which brings people together and strengthens them. If, as is said in the report, "even when you don't understand patois, you laugh at the stories", it's because gestures, postures and intonation are of primary importance in the authenticity of the expression. There's no need to master all the vocabulary and syntax which are vestiges of old French, popular Latin, like in the report "un besson", which comes from "bissus", "bis" (the same thing twice). We appreciate more than anything the mentality in play.

C'est ainsi que dans la région Poitou-Charentes on ne saurait se passer du petit mot 'hein', tantôt interjection comme dans le reportage: "Il y a aussi le cochon, on dit 'le goret', hein !", tantôt marque d'interrogation. On le trouve en français aussi bien sûr mais il revêt un intérêt particulier en Poitou-Charentes. Une blague circule entre les gens du terroir:

Thus in the region Poitou-Charentes one can't do without the little word "hein", both as an interjection as in the report "Il y a aussi le cochon, on dit 'le goret', hein !",and as a question word. You find it in French as well of course but it has a special force in Poitou-Charentes. There's a joke that goes around the people of the region.

Comment dit-on en patois :"Excusez-moi, je n'ai pas bien compris ce que vous avez dit, pouvez-vous répéter s'il vous plaît?"

How do you say in patois: "Excuse me, I haven't understood what you said, could you repeat it please?"

Et la réponse tombe, lapidaire,

And the reply comes back pithily,

"-hein?"

"-hein?"

prononcé sur un ton niais de préférence. Et ça peut surprendre quand on n'est pas du coin.

preferably pronounced with a dumb tone. And it can surprise you if you're not from the area.

On peut difficilement faire plus court en traduction simultanée, et pourtant, ce petit mot est gros de sens caché car dans ce 'hein?' passe toute la ressource du patois. C'est rusé de prendre un air détaché et inoffensif pendant que l'on pèse la réponse en évaluant l'interlocuteur. Les paysans ne s'en laissent pas compter par les beaux parleurs de la langue française. Ici le pot de terre l'emporte contre le pot de fer. Les gens de la campagne se donnent du temps, observent, savent qu'ils passent pour des niais aux yeux des gens de la ville. Or, comme dit le proverbe, rira bien qui rira le dernier, hein?

It would be difficult be more concise in a simultaneous translation, and yet this little word is laden hidden meaning because with this "hein?" all the sturdiness of patois is transmitted. It's smart to appear to be detached and inoffensive while you way up the reply and evaluate the person opposite. Country people don't let themselves get turned over by elegant speakers of the French language. Here the pot of clay wins against the pot of iron. The people from the countryside give themselves time, they observe, they know that they're thought of as stupid by people from town. But, as the proverb goes, who laughs last laughs longest.

Il existe dans cette région un village du nom de Triaize, en Vendée, fameux pour ses élevages d'ânes. Dans toute la région -qui n'est pas particulièrement riche- l'âne était la monture du pauvre. En patois un âne s'appelle une bourrique, ou un bourricot, ou encore un bourriquet. Nul n'ignore qu'on nomme un âne aussi quelqu'un de stupide. Or, les gens de ce ce village se plaisent à raconter l'anecdote suivante. Un jour, un beau monsieur de la ville, traversant Triaize au volant d'une belle automobile, s'arrête auprès d'un paysan guidant son bourricot et lui dit, dans l'idée d'amuser la jolie dame dans la voiture à côté de lui: 'Triaize,le pays des ânes!' 'Hein?' fait le paysan ahuri. 'Oui', reprend le monsieur de la ville, 'Triaize, c'est bien le pays des ânes?' À quoi le paysan rétorque: 'Ben, mon beau monsieur, c'est-à-dire que les bourriques, hein, il en passe plus qu'il en reste!'

There is in this region a village by the name of Triaize in Vendée, which is famous for raising donkeys. In the entire region - which wasn't particularly rich - the donkey was the mount for the poor. In patois a donkey is called a "une bourrique" or a "un bourricot" or again "un bourriquet". Nobody can be unaware that "donkey" is also the name for someone who's stupid. Well, the people from this village enjoy telling the following anecdote. One day, a handsome man from the city, crossing Triaize at the wheel of a fine car, stopped next to a peasant leading his donkey and said to him, with the idea of amusing the pretty lady in the car alongside him:"Triaize, the land of asses!" "Hein?" goes the stunned peasant. "Yes," goes on the gentleman, "Triaize is the land of asses isn't it?" To which the peasant replies : "Well my good gentleman, as far as asses are concerned, more pass through then stay!"