De bien curieux petits musées

En France, la majorité des musées existe grâce aux subventions publiques. Il y a pourtant un millier de musées privés, environ, créés par des collectionneurs qui ont eu envie, un jour, de partager une passion. Des musées aux thèmes étranges, dont certains ne touchent pas un euro d'argent public, et que les propriétaires font vivre... sans en vivre. Nous vous proposons de les découvrir en ce mois de mai, mois du « Printemps des musées ». Reportage de Florence Maître.
In France, the majority of museums exist thanks to state subsidies. There are, however, about a thousand private museums, created by collectors who wanted, one day, to share a passion. Museums with strange themes, some of which do not receive a Euro of state money, whose owners make them come alive... without making a living from them. We invite you to discover them in this month of May, the month of "Printemps des musées" (a festival for museums). Reporting by Florence Maître.
Au musée des commerces d'autrefois, près de Rochefort, en Charente-Maritime, les enfants observent avec curiosité les boutiques du début du XXe siècle. Le mobilier est en bois, les pots en verre et les boîtes en métal. Certains mots aussi sont inconnus pour ces enfants de 2009, comme la teinturerie, la graineterie ou la chapellerie.
At the Museum of Bygone Shops, near Rochefort, in Charente-Maritime, the children observe with curiosity boutiques from the beginning of the 20th century. The furniture is wooden, the jars are glass and the tins are metal. Some of the words are also unknown to these children from 2009, such as "dyeing", "grain seller", or "hat maker".
-Dans cette boîte, il y a un chapeau. Alors, je vais vous le montrer. Je le sors de sa boîte. Voilà! Est-ce que vous croyez qu'il se porte comme ça ?
-In this box, there's a hat...So, I'm going to show it to you. I'm taking it out of the box. There. Do you think it's worn like this?
-Non!
-No.
-Alors écoutez... On pousse et ça va sortir. Comme il fait du bruit et qu'on donnait des noms à certains chapeaux, eh bien celui-ci, parce qu'il claque, on l'a appelé tout simplement le chapeau...
-Okay then, listen. You push it, and it's going to come out... Since it makes a noise, and since they gave names to some hats... well this one here, because it snaps, it was called quite simply "le chapeau...
-Clac!
-Clac!
-Le chapeau claque.
-Le chapeau-claque. (Top hat -lit. snap hat)
C'est Monique qui fait la visite. Elle est la seule personne qui travaille à plein temps dans ce musée.
It's Monique who's giving the tour. She's the only one who works full time in the museum.
-L'important, c'est d'intéresser le visiteur, surtout le jeune visiteur, les écoliers. Et donc en fait, l'objet, si vous racontez vraiment la fabrication de l'objet et uniquement son utilité, en fait, ça n'intéresse guère. Ou alors ça ne passionne pas vraiment, ça lasse vite. Ce qui est intéressant, c'est de raconter la vie autour de l'objet. Moi, c'est la vie quotidienne que je raconte. Moi, en plus, je me régale avec eux, j'adore ça. C'est vrai que,moi, plus je les sens captivés et plus ça me donne l'envie de leur raconter l'époque de mes grands-parents justement. Il m'arrive de temps en temps d'avoir... mais là, on va dans le domaine de l'adolescent. J'ai quelques adolescents. Sur une classe, il y en a quelques-uns qui sont peu intéressés, mais moi, il suffit que j'en aie dix1 d'intéressés, ça me suffit. Les autres peuvent rester sur un banc, mais moi, j'explique de la même façon à ces dix adolescents, ça me suffit !
-The important thing is to get the visitor interested, especially the young visitor, the schoolchildren. And so, actually, the object, if you just talk about the making of the object and its use, that hardly interests them, or it doesn't really excite them, it quickly gets boring. What's interesting is to tell about the life surrounding the object. It's the daily life that I tell. What's more, I really enjoy being with them, I adore that. It's true that the more captivated I sense they are, the more I want to tell them about my grandparents' era, which is what it is. From time to time it happens that I have...but there, you're getting into the world of teenagers. I'll have some teenagers, in a class there will be a few who aren't very interested, but for me, it's enough to have ten of them interested, that's enough. The others can sit on a bench, but I'm going to explain in the same way to these ten teenagers, that's good enough for me!
Il y a 19 ans, Monique est entrée dans ce musée comme femme de ménage. Aujourd'hui, c'est elle qui fait les visites guidées avec beaucoup d'enthousiasme.
Nineteen years ago, Monique entered this museum as a cleaning lady. Today, she's the one who's doing the guided tours with a lot of enthusiasm.
-J'ai appris sur le tas, progressivement. Il est vrai que n'ayant aucune formation dans le tourisme, moi j'ai débarqué ici, sans aucun diplôme, donc je me suis formée, toute seule. J'ai lu, j'ai lu beaucoup de livres, j'ai lu tout ce qui pouvait me tomber sous la main ; des livres, qui, même s'ils étaient un peu romancés, eh bien, ils racontaient quand même cette vie d'époque, cette vie de travail, de labeur, que ce soit celle du monde ouvrier, du monde paysan. Vous savez, vous avez des livres de Claude Michelet qui résument cette époque et qui la résument très bien. Et puis ensuite, eh bien, il y a quand même des ouvrages qui vous racontent l'histoire des marques. Bon, j'ai vraiment une bibliothèque personnelle à ma disposition. Je laisserais ma place à personne et je peux vous dire que pour le départ à la retraite, il faudra me pousser ! Ici, je viens pas embaucher, moi, en traînant les pieds. Au contraire, même en débauchant, ma tête est toujours au musée. C'est mon chez-moi2, ici. C'est un lieu qui vous passionne, qui ne vous lasse pas. Et j'espère y travailler le plus longtemps possible. Et puis surtout surtout faire en sorte que les jeunes qui prendront ma place s'y intéresseront.
-I learned on the job, gradually. It's true that not having any training in tourism, I landed here, without any qualification. So, I trained myself by my own. I read. I read a lot of books. I read everything I could get my hands on. Books, which even if they did romanticise a bit, still told about life in this era, of work, of toil, whether it was the working man's world or that of the farmer's. You know you have the books of Claude Michelet which summarize this era and which summarize it very well. And then, there are still works which tell you about the history of brand names. So, I really have a personal library at my disposal. I wouldn't give my spot to anyone, and I can tell you that to get me to retire, you're going to have to push me! I don't come to work dragging my feet. On the contrary, even when I finish work, my thoughts are always at the museum. It's my "home" here. It's a place that inspires you, which doesn't weary you. And I hope to work here as long as possible. And then especially, especially to make sure that the young people who will take my place take an interest in it.
Passion, c'est le mot qu'on entend le plus souvent dans les petits musées privés, qui vivent sans aucune subvention. Jérôme et Sébastien consacrent aujourd'hui beaucoup de temps au musée des Commerces d'autrefois qui a été créé par leurs parents, comme l'explique Jérôme.
Passion, that's the word which is most often heard in the small private museums, which live without any subsidy. Jérôme and Sébastien devote a lot of time today to the Museum of Bygone Shops, which was created by their parents, as Jérôme explains.
-Eux, ils récupéraient dans les premières brocantes des objets surtout d'épicerie, de bar, des objets publicitaires, simplement pour décorer la maison. Puis, petit à petit ça a fait boule de neige et puis c'est vrai que l'idée a été aussi de mettre ces objets en contexte, plutôt que de les garder, comme ça dans des vitrines ou sur des étagères. Et puis, il y a eu surtout un déclic qui a été la découverte de ce bâtiment, en fait, qui était un bâtiment en plein centre de la ville et il avait l'architecture typique 1900 donc il correspondait aussi à l'époque des objets récupérés. Là, est vraiment venue l'idée de faire le musée puisqu'on a ramené les objets dans le bâtiment et puis essayé, comme ça, de recréer des boutiques. Et puis avec... comme il y avait beaucoup de place, on a essayé de mettre des boutiques quasiment grandeur nature, en se focalisant donc sur une période qui était 1900-1940, beaucoup de choses de l'entre-deux-guerres2, et voilà. L'aventure est partie comme ça, en fait. Depuis tout petit, les week-ends et les vacances, c'est le musée, c'est quelque chose de naturel. Donc c'est vrai qu'on y passe du temps, voilà, naturellement. Et puis c'est vrai que bon, on est aussi attachés énormément au musée, donc... Au départ, c'était que les objets, c'était la collection, mais c'est vrai que petit à petit on a été assez surpris des premières visites et puis de l'attitude des gens, des visiteurs. C'est vrai que l'échange maintenant est vraiment très sympa parce que les gens nous racontent leurs histoires. C'est rare que dans les familles, il n'y ait pas eu un commerçant ou des histoires greffées autour des marques, des choses comme ça. Donc il y a un échange qui est assez sympa, qui, en plus, nous aide, nous , du point de vue du musée, d'un point de vue reconstitution historique, et cetera, puisqu'on a des anecdotes et des choses comme ça qui sont dites avec les visiteurs. C'est... L'échange est vraiment maintenant quelque chose qui a pris presque le dessus sur la collection elle-même, malgré que... c'est vrai que... Quand on trouve de nouveaux objets, on est encore comme des gamins à sautiller quand il y a un objet qu'on cherche depuis des années, qu'on trouve enfin.
-They recovered objects from the first bric-a-brac shops, in particular from grocers, from bars, advertising objects, simply to decorate their home. Then, bit by bit, it snowballed, and then actually the idea was also to put objects in their context, rather than to keep them like that in display cases or on bookshelves. And so, there was something that clicked when they discovered this building, in fact, which was a building smack in the middle of town and which had a typical 1900s architecture, so it corresponded to the era of the objects which they'd recovered. It was there that the idea really came to do the museum, as they gathered the objects together in the building and then tried in this way to recreate boutiques. And then with... as there was a lot of space, they tried to do boutiques which were almost full size, focusing then on the period between 1900-1940, a lot of things between the two wars, and there it was. The adventure started off like that, in fact. From the time I was very small, on weekends and holidays, it was the museum, it became natural. So, it's true naturally that we spent time here. And then, it's true that, well, we're enormously attached to the museum, so... At first, it was the objects, it was the collection, but it's true that, bit by bit, we were rather surprised by the first visitors and also by the attitude of the people, the visitors. It's true that the exchange now is really very nice because people tell us their stories. It's rare in a family for there not to have been a shopkeeper or stories passed on about brand names, things like that. So, there's an exchange which is rather nice, which also helps ...helps us from the point of view of the museum, from the point of view of historical reconstruction, et cetera, because there are anecdotes and things like that which are exchanged with the visitors. It's... The exchange is now really something which counts almost more than the collection itself, despite the fact that...when we find new objects we're still like kids hopping about when it's an object we've searched for for years, and we finally find it.
Des objets rares, il y en a aussi beaucoup au musée du Flacon à Parfum, situé à La Rochelle. Au premier étage, au-dessus de leur parfumerie, Jean et Anne Séris ont exposé dans des vitrines lumineuses des bouteilles de toutes les époques, plus riches, plus belles, plus étonnantes les unes que les autres.
Rare objects. There are also a lot of them at the Perfume Bottle Museum located in La Rochelle. On the first floor, above their perfume shop, Jean and Anne Séris have showcased in brightly-lit display cases, bottles from every era, each one more elaborate, more beautiful, more astonishing than the next.
-Voyez ce flacon. Cristal de Baccarat ; le bouchon est en or3. Sa présentation est quand même tout à fait imaginée, parce qu'il est sur un coffret de luxe, sur un piédestal, maintenu par des fils d'or ; les glaces sont des vraies glaces. Ce parfum s'appelait Diorissimo, que vous avez là. C'était le premier parfum créé par la maison Dior, la maison de couture, qui reste célèbre encore à l'heure actuelle.
-See this bottle? Baccarat crystal. The stopper is gold. Yet, its appearance is very imaginative because it is on a luxury box, on a pedestal, sustained by golden threads. The glass is real glass. The perfume that you have there is called Diorissimo. It was the first perfume created by the House of Dior, the fashion house which is still famous in the current day.
Mais ce qui passionne le plus Jean Séris, c'est l'histoire de ces petites bouteilles.
But what Jean Séris is most passionate about is the story behind these little bottles.
-Là, par exemple, voyez, on est au début de l'ère de la vitesse. Alors vous avez un coffret, qui est un coffret absolument fluide. On dirait une aile d'avion. Alors je ne sais pas si vous voyez la date à laquelle il a été créé, 1930, c'est les débuts de l'aviation. On dirait un bord d'une aile d'avion. Là, nous sommes en 1971. C'est l'époque où des humains viennent d'alunir. Alors vous avez un parfumeur qui s'est appelé Carven, qui a lancé un parfum qui s'est appelé « Variations » et qui a donné carte blanche à un créateur, à un styliste et alors, ils vont prendre comme thème avec les élèves de l'École centrale qui forme des ingénieurs, l'histoire de l'alunissage des cosmonautes4 sur la lune et il va essayer d'imaginer, de styliser cet objet qui a permis aux cosmonautes de sortir de leur fusée et d'alunir.
-There, for example, see, we're at the start of the era of fast transportation. So, you have a box, which is an absolutely fluid box. You'd think it was the wing of a plane. So, I don't know if you see the date it was created, 1930, the beginning of aviation. You'd think it was the edge of a plane's wing. There, we're in 1971. The era when human beings had just landed on the moon. So, you have a perfume maker who was called Carven who launched a perfume called "Variations" and who gave carte blanche to a designer... a stylist... and so what they would do would be to take this theme, along with students at l'Ecole central which trains engineers, the story of cosmonauts (astronauts) landing on the moon, and they would try to imagine, to stylize, this object which had allowed cosmonauts to get out of their rocket and land on the moon.
À l'origine, là aussi, un objet, acheté un peu par hasard. Un parfum que le jeune fiancé offre à son amoureuse. La fiole, fleurie, jolie, leur plaît et tous deux, qui travaillent déjà dans la parfumerie, commencent à collectionner les flacons de parfum. Aujourd'hui, leur musée possède des pièces uniques. Mais il faut le faire vivre. Sans subvention.
At the origin (of this museum), here too, was an object purchased somewhat by chance. A perfume that the young fiancé offers to his loved one. The phial, flowery, pretty, pleased them, and together, the two of them, who worked already in perfumery, began to collect perfume bottles. Today, their museum owns some unique pieces. But, they'll need to keep it alive... without subsidies.
-Ah ben, on attire des gens ici... C'est très simple : en ayant une boutique qui fait autre chose parce que si vous attendez uniquement que votre musée puisse, de lui-même, subvenir au prix de revient de son entretien, de sa mise en place, en chaîne, de sa protection, etc., vous n'y arriverez jamais ! Parce que les neuf dixièmes de tous les musées en France sont des musées subventionnés. Ils sont subventionnés avec les impôts, autrement, ils n'arriveraient pas à survivre. Si, on a quelquefois les écoles, on a les personnes qui vont venir dans une journée mais c'est pas suffisant. Il faut autre chose. C'est pour ça que nous, nous avons décidé, par plaisir, parce que pour nous, c'est une passion, de montrer à la population, qui est souvent émerveillée de venir ici, ce qu'a été cette parfumerie de luxe. Ça fait plaisir à nos clients, qui visitent notre magasin, qui sont clients en bas, dans notre parfumerie normale qui vend des objets-cadeaux et des parfums naturels, de remonter le temps et de vivre un petit peu sous cette créativité. Il a fallu quand même un siècle et demi à la parfumerie pour atteindre ce qu'elle est devenue.
-Well, we attract people here... It's very simple: by having a boutique which does something different. Because if you're just expecting that your museum can, by itself, meet the cost of expenses and maintenance, of set up and assembly, of its protection, etc. You'll never make it! Because nine tenths of all museums in France are museums which receive subsidies. They are subsidized with taxes, otherwise, they'd never survive. Yes, sometimes we have schools, we have people who are going to come for the day, but that's not enough. We need something else. It's for this reason the we have decided to do it for the pleasure because for us, it's a passion to show to the public, who are often enraptured when coming, what used to be luxury perfume. It's a pleasure for our customers - who visit our shop, who are customers downstairs in our regular perfumery, which sells gift items and natural perfumes - to go back a bit in time and live a bit this creative experience. It did need a century and a half for perfumeries to become what perfumeries they have become.
Le musée du Flacon à Parfum et le musée des Commerces d'autrefois misent sur la curiosité du public pour faire vivre leurs collections. Ils attirent chacun plus de 25 000 visiteurs par an.
The Perfume Bottle Museum and the Museum of Bygone Shops count on the curiosity of the public to keep their collections alive. They attract more than 25,000 visitors each year.

