Le verbe 'faire' dans son emploi causatif : faire + infinitif

Toutefois ce verbe relève aussi parfois des règles de syntaxe grammaticale, le faire causatif. Il est utilisé devant un infinitif. C'est une tournure particulière qu'il convient de bien maîtriser. Et dans ce cas, ça vaut la peine de faire un effort de compréhension.
Le reportage sur l'aide à domicile contient justement quelques exemples de ce 'faire causatif'.
-J’essaie toujours de le stimuler, de le faire aller de l’avant, de prendre toujours un petit temps pour vraiment être avec lui, essayer de communiquer même si c’est difficile, même s’il ne répond pas, même... voilà. Je garde toujours ce contact par le toucher, par des gestes doux. C’est vrai que du coup ça marche ! On arrive à lui faire faire des choses en passant par ça, quoi !
-On fait ce qu’on peut, hein. Le matin, je m’occupe de son petit déjeuner. Je m’occupe des repas et puis des soins. Chaque fois je suis très fatiguée. J’arrive plus à assumer. Alors justement en ce moment je pense sérieusement le faire placer dans une maison de retraite. Autant qu’il soit dans un environnement qui lui conviendrait. Et même mes enfants, ils pensent que c’est plus possible.
Isolons les expressions concernées pour mieux les examiner.
1) J'essaie de le faire aller de l'avant
2) On arrive à lui faire faire des choses
3) Je pense le faire placer dans une maison de retraite
Simplifions ces expressions pour mettre le faire causatif en valeur. Il est clair qu'il ne s'agit pas du même usage que dans la phrase qui commence le deuxième paragraphe cité : On fait ce qu’on peut, hein.
Dans les trois cas le sujet du verbe principal fait l'action : j'essaie de..., on arrive à..., je pense...
Dans les trois cas, ce sujet est aussi acteur de faire: j'essaie de faire / on arrive à faire / je pense faire.
Et ce même sujet cause (c'est-à-dire provoque) l'action du deuxième infinitif 'j'essaie de faire aller...' / on arrive à faire faire... / je pense faire placer...
Donc, il faut concevoir la construction du verbe faire dans son emploi causatif comme une réaction en chaîne, initiée par un sujet actif.
Le sujet fait faire quelque chose. Le sujet est au principe de l'action. Il déclenche une réaction en chaîne causée par la première action (je fais), et répercutée sur la deuxième action, réaction à la première: je fais (1) faire (2).
Essayons :
Je fais chauffer de l'eau pour le thé
Tu fais repeindre ta maison en bleu
Il / elle fait faire une analyse de sang
Nous faisons construire un garage pour deux voitures
Vous faites supprimer votre ligne de téléphone fixe
Ils / elles font suivre leur courrier à leur nouvelle adresse
OBSERVATIONS
Nous observons que la première action exprime une contrainte, une force, une décision, tandis que la deuxième action exprime le résultat obtenu.
-Je fais changer la moquette du salon.
1) Il y a donc une nuance qui rappelle la forme passive dans le 'faire causatif'
-Les Européens font fabriquer beaucoup de produits en Chine.
Une phrase qui pourrait aussi être comprise au passif:
-Beaucoup de produits sont fabriqués en Chine à la demande des Européens.
Mais on voit bien que les deux phrases ne sont pas équivalentes. Le passif précisera que les produits sont fabriqués en Chine par un agent, par des Chinois. Alors que le faire causatif insiste sur l'idée de délégation, de délocalisation, de transmission plus que sur le complément d'agent (par les Chinois).
2) C'est parce que c'est l'idée de l'initiative qui prédomine que l'on garde sans difficulté la même syntaxe pour des verbes intransitifs qui n'ont pas de forme passive.
-Les clowns font rire les enfants.
-Les histoires tristes nous font pleurer.
-Le portier fait entrer les personnes handicapées d'abord.
-Le soleil fait briller la neige.
-Cette mésaventure m'a fait réfléchir.
-Le froid nous fait grelotter.
Ces explications vous font-elles mieux comprendre le 'faire causatif'? Je l'espère!
