La France élit ses 36 000 maires !

Reportage : Florence Maître     Durée : 7.40
février 2008
La France élit ses 36 000 maires !
  

Les 9 et 16 mars prochains, les Français vont élire une partie de leurs conseillers généraux et surtout leurs maires. Dans les petites communes, les candidats affichent rarement une couleur politique, mais dans les grandes, pourtant moins nombreuses, ces élections municipales peuvent devenir un test pour le président. Reportage de Florence Maître.

This coming March 9th and 16th, the French people will elect some of their Departmental Councillors and most importantly their Mayors. In small communes, the candidates rarely show their political colours, but in the large ones, even though there are less of them, these municipal elections can become a political test for the President. Florence Maître reports.

Nous sommes à Migré, petite bourgade de 330 habitants, située à 50km à l'est de La Rochelle. Le maire, Jean-Yves Grolleau, n'est attaché à aucun parti politique. Elu en 2001, cet ancien gendarme a décidé de se présenter de nouveau cette année. Le travail dans une commune rurale n'est pourtant pas de tout repos. Pour survivre, Migré doit attirer de nouveaux habitants. Jean-Yves Grolleau.

-En 2001, j'avais 60% de ma population au-dessus de 60 ans, ce qui n'était pas viable : l'école était en danger, on n'avait pratiquement plus d'enfants. Alors, les enfants, ça se fait venir surtout avec du locatif. Rien que dans les logements locatifs qu'on a proposés, on a une quinzaine d'enfants en plus et une quinzaine d'enfants dans une petite commune, ça fait la bascule entre une école qui est menacée de fermer et puis une école où on va réouvrir une autre classe. Ramener des enfants dans la commune, c'est possible. Les projets maintenant, ils doivent être économiques parce que c'est bien joli de dire : « je veux des gens » mais il faut peut-être aussi qu'il y ait du travail, et du travail à proximité. Donc le challenge sera économique. Alors, les emplois, ça ne se décrète pas, donc il faut travailler, il faut avoir un carnet d'adresses et puis, pareil, proposer aux entreprises, d'une part, des terrains, des possibilités d'installation, des aides éventuellement aussi, des dégrèvements d'impôts, ça c'est très important. Pendant un bout de temps, j'étais par exemple la première commune employeur1 du canton. J'avais, sur ma commune de 330 habitants, j'avais quand même plus de cent emplois ! Bon, je n'ai pas eu de chance, d'un seul coup, la plus grosse entreprise a fermé, mais du jour au lendemain, 70, d'un seul coup, alors ce qui fait que je me suis trouvé dans la panade. Ça veut dire aussi des recettes en moins pour la commune parce qu’en France la fameuse taxe professionnelle représente la différence entre des communes prospères et des communes pauvres.

Le travail de maire, c'est aussi beaucoup de relationnel.

-Le maire, c'est le policier, l'agent social numéro 1 -le social, d'ailleurs, qui devient de plus en plus important - le conseiller aussi, gestionnaire bien sûr, investisseur. C'est lui qui reçoit toutes les doléances, même à domicile, hein. On se plaint - même quelquefois le dimanche matin à 8h -, pour un permis de construire, il n'y a rien d'urgent, mais ça ne fait rien, on vous réveille quand même parce que la personne, ça lui a pris2 dans la nuit de penser à ça et on réveille le maire. On ne va pas le faire en ville mais on le fait en campagne. On le connaît bien et le maire ne va pas oser refuser. Et puis maintenant, même, avec les nouveaux textes, le maire est mis au courant par la gendarmerie de toutes les enquêtes qu'il y a dans son village. Le maire est compétent en tout. En tout. Bon, des inondations : tout de suite, c'est le maire, tout de suite il faut ouvrir les barrages ou fermer les barrages, ceci, cela. Vous êtes en permanence sur la brèche. Des animaux qui divaguent, des vaches qui sont sur la route, n'importe quoi. Nuit et jour, vous êtes corvéable à merci3.

36 782 communes, dont 10 000 ont moins de 200 habitants. Faut-il regrouper les plus petites villes de France ? Le débat resurgit à chaque scrutin municipal.

-C'est absolument nécessaire. Il faut garder un maillage de proximité mais le maillage de proximité ne veut pas dire une commune à 100 personnes, comme j'en connais, qui ne sont absolument pas viables, où il n'y a pas d'argent. Moi-même, je suis en train, avec mon collègue d'une commune à côté, nous sommes en train de réfléchir à un moyen de nous constituer en une seule commune. Ça passe par la population, il faut la convaincre, hein! Parce que, là, le clocher, je vous assure que les gens y sont attachés à leur clocher4. Je vous donne un exemple avec cette commune-là. Eux, ils ont pas de salle municipale, moi, j'en ai une jolie qu'on a faite en 2003. Pour le repas des personnes âgées en fin d'année, bon, on a regroupé. Il y a trois ans qu'on fait ça ensemble. Vous savez, au début, c'était mal vu, mal vu ! « Mais, on n'est plus chez nous ! Mais ce n'est plus... On n'est plus que nous ! » Ah non, ce n'est pas facile. Bon, les 36 000 communes n'ont pas de raison d'être. Pas toutes, pas toutes. Je ne sais pas combien il faut en supprimer, enfin, supprimer, il faut les agglomérer. Il faut que deux communes n'en fassent plus qu'une.

L'attention des observateurs de la vie politique se concentrera plutôt sur les grandes villes. Ici, le projet pour la commune est important, mais la politique nationale influence le choix des électeurs, comme l'explique Sébastien Raveau, le délégué de l'UMP à La Rochelle.

-C'est aussi un enjeu national parce que, bien évidemment, on est à 6 mois d'une élection présidentielle, après une élection présidentielle. On a pu remarquer que Nicolas Sarkozy bougeait beaucoup, animait beaucoup et il est bien évident que, je dirais, surtout au niveau des grandes villes, on va essayer de politiser l'enjeu d'un point de vue national pour en faire une approbation ou une non-approbation de la politique du gouvernement. Il est évident que l'aspect de la politique nationale joue. En ce moment on voit bien qu'il y a une vraie question qui est le pouvoir d'achat, que le président de la République a choisi d'y répondre par des moyens innovants mais qui sont du moyen terme et que ça peut jouer, ça peut avoir une influence significative sur le mandat municipal.

On est dans une période où, en plus, il baisse dans les sondages. Est-ce qu'il n'a pas tout à perdre lors de ces municipales ?

-Moi, honnêtement, je n'y crois pas parce que, de toute manière, l'élection présidentielle, ça a été quand même l'élection la plus massive qu'il y ait jamais eu sur la 5ème République avec le général de Gaulle. Donc son assise électorale, elle est là.

La cote5 de popularité du président Sarkozy est en baisse régulière dans les sondages. À gauche, ces élections municipales constituent donc l'occasion de séduire les déçus du « sarkozysme ». Olivier Fallorni est adjoint au maire socialiste de La Rochelle.

-Je crois qu'effectivement, à travers ces élections municipales, le président de la République a dit : « Je vais politiser le scrutin ». Eh bien moi, j'ai envie de dire, comme d'autres responsables du Parti socialiste : « Eh bien chiche ! ». Ceux qui seront satisfaits, ceux qui ont l'impression d'avoir vu leur pouvoir d'achat augmenter de manière considérable depuis l'élection de Nicolas Sarkozy qui s'était proclamé, autoproclamé « Président du pouvoir d'achat », eh bien ceux qui ont vu leur portefeuille gonfler sensiblement au cours de ces huit derniers mois, effectivement, ils peuvent voter pour les candidats de l'UMP. En revanche, toutes celles et tous ceux qui ont été déçus des promesses non tenues, du pouvoir d'achat qui stagne, des engagements qui ne se concrétisent pas, eh bien là, je pense qu'ils sont appelés naturellement à voter pour les équipes de gauche qui mènent une politique différente.

L'enjeu est particulièrement symbolique à Paris, Marseille ou encore Bordeaux, une ville historiquement à droite. Son maire, Alain Juppé, a déjà été battu aux dernières élections législatives par la candidate de gauche.

We are in Migré, a little hamlet of 330 inhabitants, situated 50 kilometres east of La Rochelle. The mayor, Jean-Yves Grolleau, isn't linked to any political party. Elected in 2001, this former policeman has decided to stand again this year. And yet there's no rest in this job in a rural commune. To survive, Migré must attract new inhabitants. Jean-Yves Grolleau.

-In 2001, I had 60 per cent of my population over 60, which wasn't viable: the school was in danger, we had hardly any children left. Well, children can be brought in more than anything by offering rented accommodation. Just through the rented accommodation that we offered, we have fifteen more children than before and fifteen children in a small commune, that can be the difference between a school which is threatened with closure and a school where you can open another class. Bringing children into a commune is possible and projects today have to be economically viable because it's all very nice saying: "I want people" but perhaps too there needs to be work nearby, so the challenge is economic. Well, jobs, you can't just decree for there to be jobs, so you have to work, you have to have an address book and then, it's the same, on the one hand offer land to companies, the means to get started, subsidies possibly, too, tax relief, that's very important. For a little while, for example, I was the number one employer in the canton. I had 330 inhabitants in my commune and yet more than 100 jobs! Well, I was unlucky, in one go, the largest company closed, overnight just like that: 70, in one go, which meant I was in the soup (literally: in the choux pastry). That also meant less revenues for the commune because in France, the famous Taxe Professionnelle makes the difference between prosperous communes and poor communes.




The work of the mayor is also a lot about human relations.

-The mayor is the policemen, the number one social worker - the social aspect, which by the way is getting to be more and more important - the adviser as well, the manager and of course the investor. He's the person who gets all the complaints, even at home. People complain, sometimes even at 8 o'clock on a Sunday morning, about a building permit; there's nothing urgent, but it doesn't matter, you're woken up anyway because the person has had this idea come to them during the night and they go and wake up the mayor. You wouldn't do that in a town but you do it in the countryside. You know him well and the mayor won't dare refuse. And then now, under the new legislation, the mayor is kept informed by the police station of all investigations going on in his village. The mayor is responsible for everything. Everything. Flooding : straight away, it's the mayor, straight away you've got to open the floodgates, close the floodgates, this and that. You're always on the front-line. Animals wandering all over the place, cows on the road, whatever. Night and day, the chores are unlimited.

36,782 communes, of which 10 000 have less than 200 inhabitants. Shouldn't the smallest little towns in France be grouped together? The debate comes back every time there's a municipal election.

-It's absolutely necessary. You need to keep a local tissue but a local tissue doesn't mean a commune of a hundred people, like I've come across, which is completely enviable, where there's no money. I myself, I'm in the middle of... with my colleague from a neighbouring commune, we're in the middle of working out how we can form a single commune. It depends on the people, you have to convince them! Because the neighbourhood (literally: the clock tower)... I can promise you people are attached to their neighbourhood. I'll give you an example from that commune. They've not got a town hall, I've got a nice one that we built in 2003. For the meals that we do for seniors at the end of the year, we got together. Three years ago we started doing them together. But you know, to begin with, people looked on it very badly! "But we're no longer at home! It's no longer... it's no longer just us!" No, it's not easy. The 36 000 communes have no reason to exist, not all of them. I don't know how many need to be got rid of, well not got rid of, agglomerated. Two communes need to become one.



The attention of political observers will be directed more towards the big towns. Here, the project for the community is important, but the political situation at a national level influences the choice of the electors, as Sébastien Raveau explains, UMP delegate at La Rochelle.

-It's also a national issue because of course, we're six months from a Presidential election, that's to say after a presidential election. We've seen that Nicolas Sarkozy is very much on the move, he's getting things going a lot and it's clear, I'd say, more than anything when it comes to the big towns, people are going to try to politicise the stakes at a national level to turn it into an indicator of approval or non-approval of government policy. It's clear the national political side of things plays a part. At the moment you can see there are real questions being asked about spending power, that the President of the Republic has to chosen to respond to them by using innovative methods but that their effectiveness will be in the medium term and that can play a part, it can have a significant influence on the municipal mandates.


We are in a period where on top of this he's going down in the opinion polls. Hasn't he got everything to lose in these municipal elections?

-My opinion, honestly, is that I don't think so because, when all said and done, the Presidential election was, don't forget, the biggest electoral victory under General Gaulle's 5th republic, so the electoral base is there.

President Sarkozy's popularity rating is regularly going down in the polls. On the left, these municipal elections are therefore an opportunity to seduce those disappointed by "Sarkozyism". Olivier Fallorni is assistant to the socialist mayor of La Rochelle.

-I think in fact through these municipal elections the President of the Republic has said, "I'm going to politicise this contest." Well, I, I'd like to say, like the other leaders of the Socialist Party: "Well OK so be it!" Those who are satisfied, those who've got the impression their spending power has increased considerably since the election of Nicolas Sarkozy who declared himself, who is the self-proclaimed "President of Spending Power", well those who've seen their wallets fatten significantly over the last eight months, of course, they can vote for the UMP candidates. On the other hand, all those men and women who've been disappointed by unkept promises, who've seen spending power stagnate, commitments that haven't materialised, well those, I think they're to be encouraged naturally to vote for teams from the left who follow a different policy.

The stakes are particularly symbolic in Paris, Marseilles and also Marseilles, a town which is historically to the right. Its mayor Alain Juppé, has already been beaten in the last legislative elections by the candidate from the left.

1. la première commune employeur - Noter que l'on dit 'une commune' et 'un employeur', d'où la juxtaposition d'un féminin et d'un masculin. 'Employeur'reste un substantif, pas un adjectif qualificatif.
2. ça lui a pris - la personne s'est décidée brusquement; ça me prend, j'ai un désir soudain. J'ai vécu dans le même appartement en ville pendant 2O ans et soudain l'envie m'a pris -ou bien, ça m'a pris- d'aller vivre à la campagne.
3.corvéable à merci - « Taillable et corvéable à merci » est une expression utilisée au Moyen-Age pour désigner les serfs (les paysans), qui appartenaient aux seigneurs. Ils devaient payer un impôt (la taille) et ils devaient faire le travail (la corvée, un travail non payé). 'à merci' signifie à volonté, selon la volonté du seigneur.
4. attachés à leur clocher - 'avoir l'esprit de clocher', c'est une expression très usuelle qui correspond à une réalité dans les campagnes. Le clocher de l'église d'un village symbolise une communauté à laquelle les habitants sont très attachés. C'est un peu l'équivalent du nationalisme mais à petite échelle.
5. La cote - Noter la différence entre 'la côte' et 'la cote'(l'indice). L'accent circonflexe fait la différence d'orthographe et aussi de sens et de prononciation ('la côte' avec un o fermé, 'la cote' avec un o ouvert).