Les présidentielles sur le web

Par : Richard Good     Durée : 11.24
avril 2007
Les présidentielles sur le web
  

Parce qu'on a tous notre mot à dire
2007 c'est maintenant qu'il faut agir
La recette? Y a pas de miracle
Prends ta carte et va voter

Because everybody's got something to say
It's 2007. Now is the time to act
The recipe? There's no miracle:
Take you card and go and vote

Y a pas moyen qu'on reste là à regarder
Nos libertés se faire piétiner
On est tous ivres, tous libres de trouver cet équilibre
Pour notre devenir
Affirme tes idées pour ne pas avoir à subir
Viens t'exprimer
À nous tous on peut éviter le pire
Je te le promets
T'es pas un pantin, putain
Ne les laisse pas décider ton avenir
S'il te plaît, ne leur fais pas ce plaisir
Ne les laisse pas décider ton avenir
Si tu votes pas, si tu votes pas...

Les présidentielles 2007 entreront dans l'histoire comme des élections marquées par l'impact du Web. Vidéos, chansons, discours sonorisés - les sites des candidats d'aujourd'hui sont largement aussi informatifs que les journaux et la télévision.

Comme le média lui-même, l'approche est surtout jeune. Le rap qu'on vient d'entendre se trouve sur la Ségosphère, le site internet de Ségolène Royal, cogéré par son fils Thomas Hollande. Chez son grand rival, Nicolas Sarkozy, on prend son inspiration outre-Atlantique - évidemment, diront ses opposants - avec la reprise d'une chanson de Lionel Ritchie:

Sarko
J'ai rêvé d'une France où l'on s'entendait
J'ai rêvé d'une France sans différence
J'ai rêvé d'un homme qui nous rassemblait
Sarko
C'est la France qui te parle
Cette France qui te demande
Cette France que tu incarnes
Elle veut de toi à l'Elysée
Pour que ses rêves deviennent réalité
Tu incarnes tous les espoirs
De la gauche, à droite, comme au centre
Un homme nouveau à l'Elysée
C'est toi Sarko

Malheureusement, le vrai Sarko a la voix moins harmonieuse. Il grince sur son site:

- Le travail, c'est la liberté. Le travail, c'est l'égalité des chances. Le travail c'est la promotion sociale. Le travail, c'est le respect, c'est la dignité, c'est la citoyenneté. Avec la crise de la valeur travail, c'est l'espérance qui disparaît. Le travailleur qui voit l'assisté s'en tirer mieux que lui, pour boucler ses fins de mois sans rien faire, ou le travailleur qui voit le patron, qui a conduit son entreprise au bord de la faillite, partir avec un parachute en or, eh bien ce travailleur finit par se dire qu'il n'y a aucune raison de se donner autant de mal puisque quand on se donne du mal on n'est pas récompensé pour le travail qu'on a fait. C'est le contraire des valeurs de la République. Le travail est dévalorisé.

Pour fuir les pères Fouettards1, il faut regarder du côté des "petits candidats". Sur le site du trotskiste Olivier Besancenot, on est accueilli par le metteur en scène anglais Ken Loach.

- Je sais que beaucoup de jeunes dans de nombreux pays pensent que voter est inutile, et je peux les comprendre parce que les politiciens que l'on voit à la télé ou dans les journaux ne méritent vraiment pas que l'on vote pour eux. Et pourtant le droit de vote est le fruit d'un combat très très dur. Je suis très heureux qu'Olivier Besancenot se présente à nouveau parce qu'en France vous avez la possibilité de voter pour quelqu'un qui se bat pour des principes, pour des valeurs sur des sujets importants et essentiels pour les travailleurs.

Poursuivant son discours à la LCR2, Ken Loach fait de l'Angleterre un contre-exemple:

- Ici non seulement notre industrie est aujourd'hui privatisée mais nos grands services publics, comme le Chemin de Fer, ont été ruinés par la privatisation. Et maintenant les services de santé sont privatisés, l'éducation est privatisée, tout est sacrifié pour le profit des grandes multinationales.

La mise en garde est plutôt bien accueillie par les grévistes de Peugeot-Citroën.

-Olivier, président! Olivier, président!

-Du pognon3, il y en a. Mais moi, le seul truc que je veux essayer de démontrer dans cette campagne, c'est au moins prouver à tout le monde que la France ne s'appauvrit pas. La France, elle a jamais été aussi riche qu'en ce moment, mais c'est la redistribution des richesses qui a jamais été aussi inégalitaire qu'en ce moment.

-Et un, et deux, et trois4 cents euros!

-Trois cents euros d'augmentation sur tous les salaires, c'est justement ce que propose Olivier Besancenot dans son programme. Et quand Ségolène Royal propose le SMIC à 1500 euros brut "dès que possible", ici ça ne passe pas.

-Nous, c'est maintenant qu'on les veut. C'est pas dans 5 ans. Moi, ma boulangère, je vais lui dire : "Je vais te payer ta baguette dans 5 ans!" Elle va rigoler.

L'humour à bon marché! Pour trouver plus sérieux, nous allons chez Les Verts - le parti des écologistes. Ici une vidéo se déroule sur une musique qui semble sortie tout droit d'un film d'horreur. On y voit défiler toutes les catastrophes apocalyptiques qui menacent la planète - effondrement des pôles, gros nuages de pollution, spectacles de la pauvreté mondiale - avant d'apprendre que la candidate, Dominique Voynet, est là pour s'y opposer:

-Le lobby nucléaire présente le EPR comme une machine nouvelle qui serait plus sûre, qui résoudrait les problèmes de déchets. Moi, je considère que c'est un avatar, une séquelle d'une vieille filière encore plus grosse, encore plus chère, qui nous est inutile. Avec les trois milliards et demi ou les quatre milliards d'euros que coûterait cette machine, on peut créer à peu près quinze fois plus d'emplois dans les énergies renouvelables et dans l'efficacité énergétique qu'à Flamanville. On nous dit trois cents emplois durables à Flamanville. On peut en faire franchement trois mille, quatre mille avec cet argent en préparant mieux l'avenir. Vous savez, il n'est pas trop tard. Les élections présidentielles et législatives peuvent servir aux principaux candidats à se positionner sur ce dossier pour lequel il y a simplement un petit peu de béton qui a été coulé. Après des années de négociations, la France a réussi à vendre un prototype à la Finlande. Le chantier a subi déjà des mois et des mois de retard. On parle de 18 mois à 2 ans de retard, on parle d'un milliard d'euros supplémentaire. Franchement, à qui est-ce qu'on va faire croire que c'est ça l'avenir du nucléaire et l'avenir énergétique de notre pays? Regardez le problème en face : le problème numéro 1 auquel on est confronté en matière d'émission de gaz à effet de serre, c'est celui des transports. Un tiers des émissions de la France, c'est dans ce domaine, entièrement dépendant du pétrole pour lequel on n'a à peu près rien fait depuis 5 ans. Deuxième secteur: les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique. Des emplois très nombreux peuvent être créés, c'est la Commission européenne qui le dit et qui les a chiffrés. Nous considérons qu'un plan national pour les alternatives énergétiques doit être lancé avec à la clé4 150 à 200 000 emplois. Troisième secteur : l'habitat. Isoler les logements, réduire les factures des familles modestes, c'est aussi faire baisser la facture pétrolière de la France. Toute l'énergie qu'on n'aura pas consommée, elle ne polluera pas, elle ne nous coûtera rien.

Le chef du Front National Jean-Marie Le Pen étant passé sous silence pour éviter d'angoisser, que choisir pour se laisser aller en douceur et en confiance? Nous avons le centriste François Bayrou, lequel présente son programme politique assis tranquillement devant une bibliothèque bien garnie, d'une voix paternellement rassurante qui endort toutes les inquiétudes:

- Je ne prétends pas avoir une baguette magique. Je donne ce que je crois être les axes nécessaires d'une politique de long terme pour la banlieue ou pour les quartiers en difficulté ou pour les quartiers en panne. Premièrement, il faut que l'État, la puissance publique, redevienne équitable sur le territoire français. On trouve l'État partout où ça va bien, hyperprésent, avec des uniformes, des gyrophares, des bureaux. Une présence formidable là où tout va bien et une absence presque complète là où tout va mal. Je propose d'inverser ce processus et de faire que l'État soit plus léger là où tout va bien mais qu'il redevienne présent là où tout va mal. Et je ne parle pas seulement de l'État sécurité. Bien sûr que ça compte et bien sûr que lorsque l'État intervient, venant de l'extérieur dans des opérations coups-de-poing, y compris avec des caméras, c'est pas un bon signe. Donc je suis en effet pour un État, pour une sécurité proche, enracinée, mais je suis aussi pour que l'État service public soit aussi présent dans les banlieues. Et je suis pour qu'une coordination de cet État, proche de cet État de service, soit mise en place dans tous les quartiers - je crois qu'il y en a 800 répertoriés - quartiers en grandes difficultés dans la société française. Deuxièmement, ce qui compte, c'est l'égalité, l'égalité réelle -pas l'égalité formelle, pas l'égalité dans les mots-, l'égalité dans les actes, et c'est notamment vrai pour l'école. Je suis pour que l'école offre une égalité de traitements, une égalité des chances, réelle, à la fois dans la discipline et dans l'excellence.

Pour savoir lequel d'entre ces prétendants sera notre prochain président, rendez-vous à la sortie des urnes.

Si tu votes pas, si tu votes pas, ça les arrange, ils peuvent s'occuper de ton cas.
Si tu votes pas, si tu votes pas,l'avenir se fera sans toi si tu votes pas.

Sitting it out and watching isn't an option
Our freedoms are being trampled on
We're dazed, when we're free to find the balance
For our future
Affirm your ideas so you don't submit
Come out and express yourself
We all need to avoid the worst
I promise you
You're not a puppet, f***
Don't let them decide your future
Please, don't give them that pleasure
Don't let them decide your future
If you don't vote, if you don't vote...

The 2007 presidential race will go down in history as the elections where the internet made its mark. Videos, songs, recorded speeches - candidates' sites today are every bit as informative as newspapers and television.

Like the media itself, the approach is youthful. The rap you just heard is to be found in the Ségosphere, the website of Ségolène Royal, which is co-run by her son Thomas Hollande. Over at her arch-rival Nicolas Sarkozy's, the inspiration comes from across the Atlantic - predictably, his opponents would say - with the adaptation of a song by Lionel Ritchie:



Sarko
I dreamt of a France where people got along together
I dreamt of a France without barriers
A dreamt of a man who would bring us together
Sarko
It's France that's talking to you
This France that's asking you
This France that you embody
We want you in the Elysée
So that our dreams might become reality
You embody all our hopes
From the left to the right and in the centre
A new man in the Elysée
It's you Sarko

Unfortunately the voice of the real Sarko is a little less harmonious. He grinds away on his site:

-Work, is freedom. Work represents equality of opportunity. Work is the way of moving up in society. Work is respect, it's dignity, it's citizenhood. With the crisis over the working values, it's hope that disappears. The worker who sees someone on assistance doing better than him, who can pay the bills at the end of the month without doing anything, the worker who sees a boss bring his company to the edge of bankruptcy and then go away with a golden parachute, that worker ends up saying to himself there's no point giving himself such a hard time, if when you push yourself you're not rewarded for the work that you've done. It's the opposite of Republican values. Work is devalued.

If you want to escape the crack of the whip, you need to look to the "little candidates". On the site belonging to Trotskyist Olivier Besancenot, we're welcomed by the English film director Ken Loach.

-I think a lot of young people in all countries feel that it's not worth their while to vote and I can understand that because the politicians you see on the television or in the papers are really not worth voting for. But nevertheless the possibility of voting is something that's the fruit of a very very hard struggle. I'm very pleased that Olivier Besancenot is standing again because I think in France you have the possibility of voting for someone who will take a principled stand on all the issues that are important for working people.

In his speech on behalf of the LCR, Ken Loach cites England as a counter-example:

-We now have privatisation not only in industry - and all our big public enterprises like the railways have been ruined by privatisation - but now there's privatisation in health and education and everything is sacrificed to the profits of big corporations.



The warning gets a pretty positive reception from strikers at Peugeot-Citroën.

-Olivier, President! Olivier, President!

-There's money all right. But there's only one thing I want to try and show in this campaign and it's to prove to everyone that France isn't getting poorer. France has never been as rich as it is at the moment, but it's the redistribution of wealth that's never been as unequal as it is at the moment.

-And one, and two, and three hundred euros!

-A three hundred Euro rise for all salaries, that's exactly what Olivier Besancenot is proposing in his programme. And when Ségolène Royal proposes a minimum wage of 1500€ gross "as soon as possible", it doesn't cut any ice here.

-It's now that we want it. Not in five years time. If I go to my baker and tell her: "I'll pay you for the baguette in five years time!" she'd laugh in my face.

Cheap jokes! In search of a more serious approach we visit Les Verts - the ecology party. Here we find a video with a soundtrack that comes straight from the horror movies. Passing before our eyes are all the apocalyptic catastrophes that threaten the planet - the melting of the icecaps, huge clouds of pollution, worldwide poverty - before we learn that their candidate Dominique Voynet, is here to stop them:

-The nuclear lobby presents EPR as a new system which will be safer, which will resolve the problem of waste. I see it as a big mistake, a relapse for this ageing industry that's worse than what came before, more expensive and useless to us. With the three and a half or four billion Euros which this machine will cost, you could create three to four times as many jobs in renewable energy and energy efficiency than at Flamanville. They tell us three hundred permanent jobs at Flamanville. Frankly you could create three or four thousand with this money and we'd be better prepared for the future. You know, it's not too late. The Presidential elections and the parliamentary elections can be used by the main candidates to take a position on this issue - so far there's just a little bit of concrete that's been laid down. After years of negotiations, France has managed to sell one prototype to Finland. The building project is already months and months behind. They're talking about 18 months to 2 years of delays, they're talking about a billion extra Euros. Frankly, who's going to be kidded into thinking this is the future of nuclear energy and the future for the energy needs of our country? Look at the problem head on: the number one problem we face concerning greenhouse gases is transport. One third of French emissions come from this sector, entirely dependant on petrol, about which we've done just about nothing over the last five years. The second sector: renewable energy and energy efficiency. A large number of jobs can be created, it's the European Commission that says so and they have the figures. We believe a national programme for alternative energy has to be launched that will create 150 to 200 000 jobs. The third sector: housing. Insulating houses, reducing bills for low income families will also reduce France's petrol bill. All the energy that has not been consumed will not pollute and will not cost anything.


Leaving aside National Front leader Jean-Marie Le Pen for fear of causing indigestion, who can we chose to go forward quietly and confidently? There's always the centrist François Bayrou, who presents his programme sitting calmly in front of a well stacked bookshelf, with a reassuring paternal voice that dissolves all fear:

-I don't pretend to have a magic wand. I present what I believe to be the strategic principles needed for a long term policy for the suburbs or for the difficult neighbourhoods or for run down neighbourhoods. Firstly the state, the public authority, needs to have a just distribution across French territory. You find the state everywhere where things are going well, highly present, with uniforms, flashing blue lights, offices. You've got a first rate presence where everything's going well and an almost complete absence where things are going badly. I'm suggesting that this process is inverted and that the state is lightened where things are going well and but returns to areas where things are going badly. I'm not just talking about the state in terms of policing. Of course that's important and of course when the state intervenes from the outside with high profile operations complete with the cameras it's not a good sign. So yes I'm for the state... for policing rooted in the community, but I'm also in favour of public services being present in the suburbs. And I'm also for putting in place a coordination of state activities, of public services, in all the neighbourhoods - I think there are 800 that have been identified - neighbourhoods with big difficulties in French society. Secondly, what counts is equality, a real equality - not a formal equality, not an equality of words - equality in actions, and that's true notably concerning schooling. I want education to offer equal treatment, a real equality of opportunity, both in terms of discipline and excellence.

We'll find out which of these candidates will be our next president when the ballot boxes close.

If you don't vote, that suits them, they can do what they want with you.
If you don't vote the future will be built without you.




1. les pères Fouettards - un père Fouettard est un personnage de contes pour enfants, représenté comme un père tyrannique et cruel, maniant le fouet pour se faire obéir.
2. la LCR - la ligue communiste révolutionnaire
3.Du pognon - Le pognon est un des nombreux mots populaires qui désignent l'argent, comme le blé, le fric, le flouze, la tune, le pèze, l'oseille.
4. Et un, et deux, et trois - Ce refrain reprend celui de la finale de coupe du monde de football en 1998, date à laquelle la France a battu le Brésil par 3 buts à zéro. C'est presque un cri de rassemblement patriotique populaire.
5. avec à la clé - C'est une expression usuelle qui signifie, "avec pour conséquence, pour résultat", "accompagné de..."