La fin de l'ère Chirac

Par : Katia Bitsch     Durée : 8.08
mars 2007
La fin de l'ère Chirac
  

-Mes chers compatriotes, au terme du mandat que vous m'avez confié, le moment sera venu pour moi de vous servir autrement. Je ne solliciterai pas vos suffrages pour un nouveau mandat. C'est par ces mots que Jacques Chirac annonce la fin d'une page de l'histoire de France. Sa décision de ne pas se représenter cette fois rend certaine l'élection d'une nouvelle personnalité à la présidence du pays.

-My fellow countrymen and women, when the mandate that you gave me comes to an end, the time will have come for me to serve you in other ways. I will not seek your suffrage for a new term of office. With these words Jacques Chirac announced the turning of a page in French history. His decision not to stand for again makes it certain that France will elect someone new to the presidency of the nation.

En dépit de la popularité de Chirac, tous les nouveaux prétendants affichent leur volonté de rompre avec le passé. Pourquoi ce besoin de changement? Que veulent les jeunes générations? Katia Bitsch commence son enquête en interrogeant une militante du parti de centre droite, celui de Nicolas Sarkozy.

-Je m'appelle Vanessa Aubert. J'ai 23 ans. Je suis étudiante en comptabilité et je suis aussi mariée et maman d'une petite fille. Je me suis engagée, en fait, à l'UMP en 2005, suite au non, en fait, au référendum pour la Constitution européenne. Je n'ai pas compris, en fait, la décision des Français. J'ai vraiment vu un recul, enfin, de la mise en place que j'espérais de politique économique et sociale au niveau de l'Europe. J'ai pas réussi à comprendre comment la locomotive de l'Europe a pu devenir un wagon, en fait, en bout de train, quoi. Je n'arrive pas à comprendre, en fait, qu'on prenne en otage la génération future. Je suis maman, j'ai une petite fille de 3 ans et je n'arrive pas à comprendre qu'on endette toujours plus la France et que ce soient nos enfants, enfin nous qui commençons, et nos enfants encore plus tard qui paieront le prix de tout ça, en fait. Faut travailler pour espérer avoir ce qu'on veut. Il faut aussi comprendre que rien n'est dû, enfin je... c'est ce que je veux apprendre à ma fille, je veux dire. Je ne peux pas comprendre qu'on s'entête, comment dire, dans une politique économique qui n'a justement pas fait ses preuves pendant 20 ans et qui nous coûte, et qui fait qu'au jour d'aujourd'hui beaucoup de jeunes célibataires, de couples avec enfants, ont du mal à s'en sortir. Je pense notamment que distribuer des aides sans le mériter et sans contrôle suffisant me paraît suicidaire. Et je pense vraiment que c'est une des raisons qui affaiblissent tant la France.

-Mickaël Roy. J'ai 18 ans. Je suis étudiant en première année d'histoire à Mulhouse et responsable du Mouvement des jeunes socialistes du Haut-Rhin.

Mickaël Roy est président du comité de campagne de Ségolène Royal. Il partage les valeurs de la gauche.

-Les valeurs de la gauche? Eh bien je pense à la justice sociale, à la solidarité, à l'émancipation, l'émancipation de l'être humain. Et comment ces valeurs-là se concrétisent-elles? Par l'éducation, c'est la première priorité que les socialistes portent dans leur projet. Priorité à l'éducation, c'est-à-dire donner les moyens à chaque enfant, à chaque jeune d'acquérir les bases scolaires d'une part, et d'acquérir les bases citoyennes d'autre part. Je me rappelle d'un cours de première1 en histoire où on nous faisait part des avancées sociales, des premières avancées sociales à l'époque de la révolution industrielle avec les premiers combats sociaux et c'est un événement historique qui m'a vraiment marqué et qui m'a fait dire au fond de moi que les hommes étaient capables de solutions pour les autres, pour les citoyens, capables de changements et capables d'innovation et d'initiative surtout.

-Est-ce que ces valeurs, Ségolène Royal les incarne vraiment?

-Elle les incarne, je pense, d'une manière moderne, d'une manière, eh bien, qui peut surprendre des fois, mais elle les incarne en tant que femme socialiste. On ne va pas avoir le discours démagogique de dire qu'elle est la mieux placée parce qu'elle est femme - ce serait trop simpliste de dire ça - mais elle défend des valeurs simples et des valeurs communes à tous les jeunes. J'écoutais son discours à Grenoble jeudi dernier et je crois qu'elle a touché plus d'une personne en parlant, en s'adressant directement aux jeunes, en s'adressant à eux, en leur demandant de se battre continuellement pour l'émancipation.

-L'hypothèse de la droite2 au pouvoir en 2007, c'est quelque chose qui vous inquiète, qui vous fait peur?

-Je pense que Nicolas Sarkozy défend le repli sur soi3, et c'est bien toute sa politique, c'est-à-dire favoriser la peur de l'autre alors que nous, on entend défendre le rapport à l'autre et le pluralisme des idées, le pluralisme des orientations, le pluralisme tout simplement des moeurs. Je crois que les hommes politiques se sont réellement trompés. Nos élus, nos responsables, ont cru détenir la vérité d'eux-mêmes, sans consulter les concitoyens. Aujourd'hui, Ségolène Royal nous propose d'écouter en disant qu'elle ne maîtrise pas toutes les questions et toutes les situations. C'est un signe d'humilité et c'est respectable et c'est un signe fort de nouveauté en politique.

-Je m'appelle Fabrice Ciarleta, donc, j'ai 28 ans. Je suis commercial dans l'automobile.

Le combat de Fabrice, il le mène sous l'étiquette UMP4, à droite. Fabrice est un membre actif du Comité départemental de soutien à Nicolas Sarkozy.

-Je suis adhérent depuis 1997 et je suis maintenant responsable départemental des jeunes de l'UMP depuis 3 ans. Sans économie, sans développement de l'économie on ne peut pas se permettre d'aider les gens qui en ont besoin, le plus besoin. Je trouve que libérer les énergies, ça va changer beaucoup de choses déjà pour moi en tant que citoyen puisque je verrai déjà moins de gens dans le besoin et moins de gens en train de clôturer leurs fins de mois un peu difficilement - d'ailleurs je suis dans ce cas. Il faut développer cet esprit qu'on avait il y a encore 20 ans* d'être, eh bien rien que5 dans l'Union européenne, déjà, être l'acteur principal.

-Vous voulez dire que la France a perdu de son poids au niveau économique sur le terrain mondial?

-Ah, c'est certain, oui. Eh bien c'est évident, oui, bien sûr. Quand on regarde les chiffres, on se rend bien compte qu'on a effectivement un niveau de vie qu'on maintient à bout de bras, à coup d'aides sociales et de dettes. Tout le monde doit pouvoir travailler autant qu'il veut, et c'est déjà revenir sur les 35 heures. Donc à partir de là, on pourra développer une politique sociale. Avant ça, c'est sûr que laisser les gens dans l'assistanat et ne pas leur montrer que le travail est plus valorisant... enfin, moi je le vois autour de moi, je veux dire, il y a pas un jeune que je connais qui a pas envie de travailler plus et qui peut pas le faire, souvent, dans la plupart des cas, parce que son patron ne lui laisse pas la chance de la faire parce que ça lui coûte la peau des fesses, tout simplement. Donc, il faut pouvoir libérer les énergies parce qu'il y a plein de gens qui veulent travailler et qui peuvent pas le faire. Et ça, c'est vraiment dommage.

-On reproche un peu à Nicolas Sarkozy d'être peut-être trop carriériste, trop ambitieux pour son propre camp, d'être engagé dans une lutte de pouvoir. C'est quelque chose que vous comprenez?

-Disons que de toute façon, pour prendre le pouvoir en politique, effectivement il faut avoir de l'ambition. Ça, c'est nécessaire. Il y a des personnes qui vont être énervées par son omniprésence dans les médias. Depuis maintenant 5 ans, c'est vrai qu'on le voit souvent puisqu'en fait il communique sur toutes ses actions. C'est aussi une manière de faire de la politique, c'est-à-dire, il y a d'abord le savoir, un savoir-faire et aussi faire savoir, faire savoir ce qu'on sait faire. Et lui, ça a été un grand changement chez nous à droite, c'est que avant, on faisait beaucoup de choses, on avait beaucoup de convictions et de savoir-faire mais on le montrait pas assez et je trouve que c'est un grand tournant et que c'est nécessaire.

-Pour les socialistes, Nicolas Sarkozy c'est la précarité de l'emploi, Nicolas Sarkozy c'est la remise en cause des acquis sociaux. Pour vous Nicolas Sarkozy, c'est quoi?

-C'est surtout l'opportunité pour la France de se remettre dans la course mondiale, déjà économique d'une part et dans le, si vous voulez, dans le bien-être global des Français, c'est-à-dire qu'on s'est rendu compte depuis 20 ans on est passé du cinquième rang en terme de PIB* par habitant au dix-septième rang. Et si on regarde un peu les gouvernements qui se sont succédés depuis 20 ans, force est de constater que ce sont les gouvernements socialistes qui ont agi dans ce sens là et que maintenant on a remis la France sur des bons rails. Il faut maintenant qu'on avance encore et encore.

Despite Chirac's popularity, all the major contenders have presented their candidacy as a break with the past. Why this need for change? What do the new generations want? Katia Bitsch begins her investigation by asking the question to a supporter of the centre-right party of candidate Nicolas SSarkozy.

-My name is Vanessa Aubert. I'm 23 years old. I am an accountancy student and I'm also married and the mother of a little girl. I joined the UMP in 2005 following the "No" vote in the referendum on the European Constitution. I didn't understand the decision made by the French people. I really saw a retreat from the economic and social policies I was hoping to see established on a European level. I couldn't understand how the locomotive of Europe had become a wagon at the back of the train. I can't understand why we're taking the next generation hostage. I'm a mother, I've a little daughter aged three years and I can't accept that we're putting France further and further into debt and that it'll be our children, well us to begin with and our children later who in the end will pay the price for all that. You have to work to hope to get what you want. You have to understand as well that you're owed nothing, well... I mean that's what I want my daughter to understand. I can't understand that we persist with an economic policy that hasn't proved itself over 20 years and which costs us and which means that today lots of single young people and lots of couples with children are finding it difficult to manage. I think in particular that handing out benefits that aren't based on merit and without sufficient controls seems to me to be suicidal. And I really think that it's one of the reasons why France is becoming so much weaker.

-Michaël Roy. I'm 18 years old. I'm a first year history student in Mulhouse and I'm in charge of the Young Socialists Movement for the Haut-Rhin region.

Michaël Roy is the president of a campaign committee supporting Ségolène Royale. He supports left-wing values.

-Left-wing values? Well I think about social justice, solidarity, emancipation, emancipation of human beings. And how do those values get transformed into reality? Via education, that's the first priority that the socialists have in their project. The priority is for education, that's to say give the means to each child, each young person to get an educational grounding on the one hand, and to get a grounding in citizenship on the other hand. I remember a history lesson in sixth form college (high school) where they were telling us about social progress, the first social struggles and they were historical events that really affected me and which led me to say to myself that my fundamental belief is that people are capable of finding solutions for others, for citizens, capable of change and capable of innovation and of taking the initiative more than anything.


-And does Ségolène Royal really embody those values?

-She embodies them I think in a modern way, in a way that can surprise sometimes, but she embodies them as socialist woman. You can't take the demagogic line of saying she's the best placed because she's a woman - it would be too simplistic to say that - but she defends simple values and values that are shared by all young people. I heard her speech in Grenoble last Thursday and I think more than one person was moved when she spoke addressing young people directly, addressing her words directly to them, asking them to battle continually for emancipation.


-The hypothesis of the right getting to power in 2007 is something that worries or frightens you?


-I think that Nicolas Sarkozy stands for a retreat into oneself and that that sums up his policies, that's to say favouring the fear of other people whereas we stand for reaching out to other people and a pluralism of ideas, pluralism of directions, pluralism quite simply in ways of living. I think that politicians have made a real mistake. Our elected representatives, our leaders believed they had the truth to themselves, without consulting their fellow citizens. Today Ségolène Royal offers to listen, saying she's not the master of every question and every situation. It's a sign of humility and it's respectable and it's a strong symbol of modernity in politics.


-My names is Fabrice Ciarleta, I'm 28 years old. I'm a sales rep in the car industry.

Fabrice's battles are fought under the UMP's flag on the right. Fabrice is an active member of the Departmental committee supporting Nicolas Sarkozy.


-I've been a member since 1997 and for three years now I've been a departmental leader of the UMP youth movement. Without the economy, without the development of the economy you cannot help people who need it, those who need it most. I think that to begin with freeing up energies will change a lot of things for me as a citizen because I will see less people in need and less people having difficulty making ends meet at the end of the month - I am myself in that situation. We need to develop that spirit that we had 20 years ago of being - take just the European Union for starters - of being the major player.

-You're saying France has lost its economic weight on the international stage?

-That's certain, yes. It's clear, yes, of course. When you look at the figures, you realise that in fact we have a standard of living that we struggle to maintain via social support grants and debt. Everyone should be able to work as much as they want, and that means to begin with going back on the 35 hour week. So from that point on, we can develop social policies. Until we do that, it's clear that leaving people in dependency and not showing them that work is more rewarding... I see it all around me, I mean, there's not a young person that I know who doesn't want to work more and who can't do it, often in the majority of cases because his boss doesn't give him the chance to because it costs him an arm and a leg, quite simply. So we need to free up our energies, because there are lots of people who want to work and who can't do it. And that is a real pity.


-People criticise Nicolas Sarkozy a little bit for being maybe too careerist, too ambitious for his own good, for being involved in a power struggle. Is that something you understand?

-Let's say that to take power in politics in practice you do need to have ambition. It's necessary. There are people who are going to get annoyed by his omnipresence in the media. It's true that after 5 years now you've seen a lot of him because the thing is he communicates about everything he does. That's also a way of doing politics, that's to say there's first of all the knowledge, a know-how and then there's also letting it being known, letting it be known that you know what to do. And he was a big change for us on the right, because before we did lots of things, we had lots of convictions and know-how but we didn't show it enough and I thing this is a big turning point and that it's necessary.

-For the socialists Nicolas Sarkozy represents job insecurity, Nicolas Sarkozy puts social progress into doubt. What does Nicolas Sarkozy represent for you?


-More than anything he'll give France the chance to get back in the world race, on the economic level on the one hand and if you like concerning the global well-being of the French people, that's to say when you realise that in 20 years we've gone from fifth place in terms of GNP per inhabitant to seventeenth... And if you look a little at the successive governments we've had for 20 years, you can't help but accept that it's socialist governments who've set things off in that direction and now we've put France back on track. Now we need to advance more and more.

1. Première - la classe de première, la première, avant la classe terminale du baccalauréat. Les élèves y ont environ 17 ans.
2. la droite - la droite (féminin), c'est le parti (masculin) de droite, de même que la gauche est le parti de gauche. Les citoyens votent à droite ou à gauche.
3. soi - et non le repli sur lui. Sur lui, ce serait sur lui-même, sa propre personne, tandis que 'sur soi' a une connotation générale. Un dicton un peu cynique dit : chacun pour soi, Dieu pour tous!
4. UMP - L'Union pour un mouvement populaire nnnn5 rien que - Pensez à cette expression très usuelle qui signifie 'uniquement', 'seulement'.