Le tabagisme part en fumée?

- J'ai perdu un être cher du cancer du poumon. Je trouve que personne ne devrait fumer pour éviter justement ce fléau. - Quand on est fumeur je pense qu'on peut au moins faire l'effort d'essayer de se mettre un petit peu à l'écart, de fumer à l'extérieur et puis de revenir après à l'intérieur. Comme le disait Sartre, "la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres".
-I lost someone close to me to lung cancer. I don't think anyone should smoke, precisely to avoid this curse. -If you're a smoker I think you can at least make the effort to try to put yourself at a distance a little, to smoke outside and then come back inside afterwards. As Sartre put it, One person's freedom stops where another one's starts.
- Pourquoi ne pas laisser le choix au propriétaire du commerce de faire un bar uniquement fumeur, où il n'y aura que des fumeurs, et donc les gens non-fumeurs, à l'entrée du bar, il y a marqué "attention, bar fumeur, ne pas rentrer"? Pourquoi ne pas appliquer le choix de détruire la santé pour certains? C'est une liberté aussi.
Fumer tue. Personne ne l'ignore. La mention est écrite en grand sur les paquets de cigarettes. Pourtant, chaque année en France, 66 000 personnes meurent d'une maladie liée au tabac. La cigarette est responsable de plus d'un décès sur neuf. Le gouvernement, conscient d'un réel problème de santé publique, s'est lancé dans une véritable lutte contre le tabagisme. Première arme : la hausse de la fiscalité sur le tabac. En dix ans le prix d'un paquet de cigarettes a doublé. Aujourd'hui le Royaume-Uni, l'Irlande et la France sont les trois pays européens dans lesquels les cigarettes sont les plus chères. Mais cette dissuasion financière n'est pas suffisante. Le tabac continue de faire des morts et il tue même ceux qui ne fument pas. Chaque année 7 000 personnes sont victimes du tabagisme passif. Le gouvernement a donc décidé de suivre l'exemple de l'Irlande, de l'Italie et de la Suède. La cigarette sera bientôt bannie dans les lieux publics. Cette nouvelle loi entrera en vigueur au premier février 2007, mais l'enjeu économique est de taille. Il y a 86 000 revendeurs de tabac en France. Beaucoup d'entre eux risquent alors de fermer boutique.
Liliane est buraliste depuis quinze ans. Aujourd'hui elle est très inquiète pour son commerce. Cette nouvelle législation, forcément, aura des conséquences.
- Il y aura une baisse d'une certaine manière parce qu'ils pourront plus fumer à l'extérieur, donc on fumera moins. Ça, c'est un fait. Ça fait des années, depuis 2003 que j'ai peur pour mon commerce quand je vois le chiffre qui diminue. J'ai des collègues qui ont perdu jusqu'à 40% de leur chiffre d'affaires. Si on veut1, on arrive à peu près à s'en sortir mais on n'a pas le droit de penser à des investissements. Moi, j'ai 73 heures d'ouverture, j'ai une employée et moi qui fais le reste, parce que, ben, on peut pas se permettre, à l'heure actuelle, d'aller dans un autre contexte d'exploitation.
Liliane va pouvoir compter sur l'aide de l'Etat. Le gouvernement va attribuer une somme de 630 millions d'euros aux buralistes, une somme pour leur permettre notamment de changer ou de diversifier leur activité, mais Liliane ne voit pas l'avenir d'une façon très optimiste.
- On a eu des subventions mais c'est pas ça qui nous fait évoluer, parce que la baisse de fumeurs, de fréquentation de nos lieux fait que ça se répercute sur tous les autres produits. Vous prenez le programme télé, avant c'était un ensemble. La personne qui ne vient plus chercher son paquet de cigarettes, le weekend quand elle va faire ses courses en supermarché, elle va prendre son programme télé, sa lecture. Comme à l'heure actuelle on trouve tous nos produits dans les grandes surfaces, ben, on n'a plus besoin de venir chez nous pour le reste non plus. On a une aide de l'État sur la perte du tabac, mais sur tout le reste... Il faut vraiment changer totalement d'activité ou trouver quelque chose, comme des buralistes dans certains villages peuvent rajouter des produits. Mais nous, dans une grande ville, chacun a sa spécificité. Donc c'est vrai qu’on peut pas faire rajouter un pressing, il y en a. On peut pas rajouter une boulangerie ou quelque chose comme ça. On a tout dans une grande ville. Tant qu'il y a de la demande, que je pourrai en vivre, je serai là. Si jamais un jour le chiffre descend trop bas et que2 je pourrai plus en vivre, il faudra que je me recycle.
Cette loi interdisant la cigarette dans les lieux publics n'inquiète pas seulement les buralistes. Cafetiers, restaurateurs et patrons de bars craignent que cela n'entraîne une baisse sensible de fréquentation de leur établissement. Ce bar à ambiance musicale est essentiellement fréquenté par des jeunes fumeurs. Christophe vide les cendriers qui débordent, un geste quasi systématique3. La loi interdisant le tabac dans les bars, il n'y croit pas. Rien que d'en parler, il grince des dents.
- Ça va générer des pertes de clients, donc des pertes d'emplois, donc des chômeurs en plus. Merci le combat pour le chômage en France! Mon patron et moi, on a encore parlé aujourd'hui. Il m'a dit, si on n'a plus de fumeurs, on va avoir une baisse sensible de clientèle. Forcément ou alors on ferme, ou alors on licencie. Ça, c'est une chose. Et dans un second temps, après, je dis encore une autre chose, c'est qu’on bosse essentiellement avec des gens jeunes, et c'est tous des fumeurs ici. À 90% les gens qui traînent ici, c'est des fumeurs. Donc après, à partir de ce moment-là on leur interdit de fumer, on va les mettre dans la rue, bon, ça va générer des problèmes à l'extérieur et on aura du tapage nocturne. Et qui c'est qui va encore payer? C'est les patrons de bars...
Pourtant certains restaurateurs n'ont pas attendu cette loi pour interdire la cigarette dans leur établissement. Contre toute attente, leur chiffre d'affaires a même augmenté. Laurent Reeb est propriétaire du premier restaurant 100% non-fumeurs, une décision qu'il a prise il y a deux ans. Aujourd'hui, aucun regret!
- Ça a été un plus pour nous et beaucoup sont restés fidèles à l'établissement en jouant le jeu et ça a en même temps développé une clientèle de non-fumeurs qui apprécient de pouvoir déguster les plats en toute tranquillité. Et ça se passe relativement bien, ça n'empêche pas, pour le fumeur, de sortir et d'aller fumer une cigarette tel qu'on le voit dans d'autres pays où ça se passe très bien, quoi.
- Est-ce que vous avez eu des cas où des personnes qui ont finalement changé d'avis, se sont dirigées vers un autre établissement?
- Très très peu. On peut relever à peu près deux, trois tables, on va dire quatre au maximum par mois. Mais on se rend compte que les gens jouent le jeu et ça se passe relativement bien. On attend la fin du café. Il est vrai que l'addition arrive peut-être un peu plus vite, et, bon ben, la clientèle part peut-être un peu plus vite mais ça n'empêche pas de faire un excellent repas. Moi, je ne reviendrai plus en arrière. Il est vrai qu'il est agréable, quand on va d'une table à l'autre, de sentir l'assiette de foie gras, chose qu'on ne pourrait pas sentir s'il y avait qu'un seul fumeur même en salle.
Les fumeurs auront donc jusqu'au premier janvier 2008 pour profiter de ce qu'ils estiment être leur liberté. Après quoi les hors-la-loi s'exposeront à des sanctions financières, 75 euros d'amende pour le fumeur qui ne respecte pas l'interdiction et 150 euros pour le patron de l'établissement.
- Why don't you leave it to an establishment-owner to create a bar just for smokers, where there would only be smokers and so for non-smokers, at the bar entrance, there would be a notice 'Careful, smokers' bar, don't enter'? Why not allow some people the choice to destroy their health? That's a freedom too.
Smoking kills. Everyone knows it. It's written on cigarette packets in large letters. And yet every year in France, 66 000 people die from tobacco-related illnesses. Cigarettes are responsible for one in nine deaths. Aware of the real danger to public health, the government has launched itself into a veritable fight against tobacco addiction. The first weapon was raising duty on cigarettes. In ten years the price of a packet of cigarettes has doubled. Today Britain, Ireland and France are the three European countries where cigarettes are the most expensive. But financial dissuasion has proved insufficient. Tobacco continues to kill and it kills even those who don't smoke. Every year 7 000 people die from passive smoking. So the government has decided to follow the example of Ireland, Italy and Sweden. Soon smoking will be banned from public places. This new law will come into operation on the first of February 2007, but the economic consequences will be significant. There are 86 000 tobacconists in France. Many of them risk having to close down.
Liliane has been a tobacconist for 15 years. Today she is very worried about her business. This new legislation will undoubtedly have its consequences.
- There will be a decline of some sort because they'll only be able to smoke outdoors, so they'll smoke less. That's a fact. For years now, since 2003, I've been worried about my business because I see the turnover going down. I've got colleagues who've lost up to 40 per cent of their business. If you like, we just about manage to survive, but there's no way we can think about making investments. I open 73 hours, I've one employee and it's me who does everything else, because as things stand we can't do things any other way.
Liliane can count on help from the state. The government is going to donate 630 million euros to tobacconists, notably to help them diversify their business, but Liliane is not very optimistic about the future.
- We've had subsidies but they're not going to help us move forward, because the decline in the number of smokers, the number of people who come in, has an impact on all the other products. People used to take the TV guide, it was something that went together. The person who no longer comes to get their packet of cigarettes, they'll take their television programme - their reading - at the supermarket, at the weekend when they go to do their shopping. Since you can now find all our products in the supermarkets, well, there's no need to come here for the other stuff either. We had help from the state for losses over tobacco sales, but for everything else... You really have to change your business entirely or find something else... like the tobacconists in some villages who can provide additional services. But with us in the big cities, everyone's got their own speciality. So it's clear we can't add on a dry cleaners, there's already one. We can't sell bread or something like that. There's everything in a big city. As long as there's a demand that I can live off, I'll be here. But if one day the turnover gets too low and I can no longer live off it, I'll have to find a new career.
This law banning cigarette smoking in public places doesn't just worry the tobacconists. Café, restaurant and bar owners fear that they'll suffer a significant drop in custom at their establishments. This music bar is for the main part used by young smokers. Christophe empties the overflowing ashtrays, with a gesture that's virtually automatic. He's no fan of the law banning cigarettes in bars. He grimaces just talking about it.
- We're going to lose clients, so lose jobs, so more unemployment. Congratulations to those fighting unemployment in France! My boss and I were talking about it again today. He said to me, "If we've got no more smokers, we're going to lose a significant proportion of our clientèle. So either we'll close, or we'll lay people off". That's one thing. And then another thing, one more thing I want to say, it's that basically we work with young people and they are all smokers here. 90 per cent of the people hanging around here are smokers. So it follows that when you stop them smoking, you're going to be throwing them onto the streets, and that's going to create problems outside and we'll have street fighting at night. And who's going to suffer? It's the bar owners...
And yet some restaurants haven't waited for the law to ban smoking in their establishments. And despite all expectations, their turnover has increased even. Laurent Reeb is the owner of the first 100% non-smoking restaurant, he decided to make the change two years ago. Today he has no regrets.
- It was a plus for us and many people stayed loyal to our establishment, playing the game - and it even created a clientèle of non-smokers who appreciate the possibility of being able to taste dishes in peace. And it's gone down relatively well, there's nothing to stop the smoker going out and going to smoke a cigarette, which is what you see in other countries where it works very well.
- Have you had incidents of people who in the end have changed their mind and gone to other establishments.
- Very, very few. You can count on two, three a maximum of four per month. But what we've noticed is that people play the game and it works relatively well. People wait for the end of the coffee. It's true that the bill maybe comes a bit quicker and maybe the clients leave a little bit quicker, but that doesn't stop them having an excellent meal. I wouldn't go back to how things were. It really is pleasant to go from table to table to smell the plate of foie gras, something that you couldn't smell if there was just one smoker in the room.
So smokers will have until January 2008 to take advantage of what they judge to be their freedom. After that, those breaking the law face financial penalties, 75 euros for a smoker who doesn't respect the ban and 150 euros for the owner of the establishment.

