L'enseignement pour tous?

octobre 2006
L'enseignement pour tous?
  

L'enseignement pour tous, est-ce vraiment le cas en France? Faire des études, cela coûte de plus en plus cher.

Is it true there's a universal education system in France? Studying costs more and more...

Aujourd'hui, pour se nourrir, pour se loger, pour assumer les frais de transport et les autres dépenses liées à une scolarité, un étudiant a besoin d'environ 1000 euros par mois. C'est 23% de plus qu'il y a 5 ans. Conséquence de l'inflation mais aussi de la flambée des prix de l'immobilier.

Or, le montant des aides versées par l'État sous forme de bourses ne suit pas la même évolution. Aujourd'hui, la situation sociale des étudiants est inquiétante, 100 000 d'entre eux vivent sous le seuil de pauvreté, et perçoivent donc moins de 600 euros par mois. Et chaque année en France 20% des étudiants mettent un terme à leur scolarité faute de moyens financiers.

Julien est un étudiant privilégié. Il est à l'université depuis 3 ans et peut compter sur le soutien financier de ses parents. Il perçoit également une bourse de l'État d'un montant de 142 euros par mois.

- Ça fait 3 ans que je suis étudiant à Mulhouse et donc mes parents participent quand même, très largement on va dire, à mes études, et si j'avais pas mes parents, je serais vraiment, on peut dire, en difficulté, mais malgré ça je suis quand même obligé, on va dire, d'avoir un petit job, de faire des petits jobs à côté, pour tout ce qui est, on va dire frais, livres, ce genre de choses. Je suis boursier mais la bourse ne suffit pas pour tout couvrir, quoi. La bourse, c'est essentiellement, je dirais, pour survivre, quoi, pas pour vivre, quoi. Je veux dire, le loyer est de l'ordre de cent quatre-vingt-dix euros, donc la bourse déjà, elle ne couvre déjà pas le loyer, quoi. Par exemple, quoi. Après, c'est clair que j'ai aussi mes parents qui m'aident, qui me donnent quelque chose pour les frais de bouche ou qui participent au loyer, et ça, c'est vrai que ça peut se chiffrer, on va dire, dans les deux cents, trois cents euros, et c'est vrai que si ces deux cents, trois cents euros étaient pas là, je pourrais pas faire d'études, c'est clair. Voyez, moi, j'ai vingt ans mais je suis encore dépendant de mes parents, et d'un certain côté, la question à se poser, c'est, qu'est-ce que font les étudiants qui ont pas la chance d'avoir ces parents qui peuvent leur donner deux cents ou trois cents euros par mois, quoi?

Julien a également la chance de bénéficier d'un logement étudiant à loyer modéré, un privilège, car en France, il n'en existe que 150 000. Or, le nombre d'étudiants, lui, ne cesse de progresser ; on en compte 2,3 millions aujourd'hui.

Certains ont la possibilité de faire leurs études près du domicile de leurs parents mais la plupart n'ont pas le choix, pour suivre certaines formations, il faut déménager et se diriger vers les grandes villes, Strasbourg, Lyon, Paris ou Montpellier. Or, sur le marché de l'immobilier privé les loyers sont devenus inabordables.

C'est pour cela que le gouvernement a décidé d'attribuer une prime unique de 300 euros aux étudiants qui quittent le domicile de leurs parents pour la première fois. Cette aide, appelée ''allocation d'installation étudiante'', a pour but de faciliter l'acquisition de mobilier ou d'assurer les frais de déménagement. Au total le gouvernement va donc débloquer 24 millions d'euros mais cette aide est largement insuffisante. Pour les syndicats, elle est également très en dessous des promesses faites par le gouvernement il y a quelques mois.

Lucas Jourdin est l'un des responsables de l'UNEF, l'Union nationale des étudiants de France,l'un des premiers syndicats à avoir tiré la sonnette d'alarme quant à la situation sociale des étudiants.

- En juin, juillet, on nous avait dit, oui, on va penser à une enveloppe globale autour de quatre-vingt-dix millions. Là, on va être à une enveloppe globale qui est annoncée à vingt-quatre millions, qui sans doute sera un tout petit peu moins, donc autour de vingt millions d'euros. Ensuite, ça s'applique pour une population extrêmement faible -3,5% des étudiants-, c'est quand même très peu puisque c'est des étudiants qui vont quitter le domicile de leurs parents pour la première fois. Ils vont avoir ces trois cents euros. Alors on pourrait dire que c'est un premier pas, sauf que c'est un premier pas qui est bien faible et que, très sincèrement, on a plutôt l'impression que c'est un appât, plutôt. Un appât! Et là, on dit, voilà, regardez, on vous a mis trois cents euros sur la table, c'est super. Oui, mais c'est largement insuffisant. Trois cents euros pour payer la rentrée, aujourd'hui, c'est minable. C'est minable et ça touche 3,5% des étudiants. Franchement, c'est mettre un pansement sur une jambe de bois. C'est ça que ça veut dire.

Olivier ne fait pas partie des 80 000 étudiants qui vont avoir droit à cette allocation de 300 euros, cela fait déjà trois ans qu'il a quitté le domicile de ses parents pour suivre des études de médecine à Strasbourg. Il ne perçoit pas de bourse d'État. Le seul moyen alors pour financer son appartement, c'est de travailler dans un fast food chaque week-end.

- Alors, je m'appelle Olivier. J'ai vingt ans et j'habite à Mulhouse. Du lundi jusqu'au vendredi je suis donc en cours à Strasbourg et je reviens tous les weekends à Mulhouse pour travailler au Macdo. Dans le concret, je fais des sandwiches, je sors les viandes, je fais cuire des frites, je nettoie les tables, je sors les poubelles, je sers des gens.

- Tu travailles1 vingt heures sur le weekend, donc juste sur deux jours.

- Entre quinze et vingt heures, oui. Et c'est assez fatigant, mais c'est la seule solution que j'aie pour faire mes études à côté, puisque la vie à Strasbourg n'est pas... Il faut de la finance, il faut de l'argent pour s'en sortir, et... de mon côté, quoi.

- Est-ce que tu penses que tu réussirais mieux dans tes études si tu travaillais pas? - Ca, c'est sûr et certain. Mais, c'est un choix et je peux pas faire autrement. Et surtout de voir les autres étudiants qui sont vraiment aidés par papa maman, papa maman leur payent tout, tout ça, moi, j'ai le mérite de gagner mon propre argent et de le faire par moi-même, quoi, et de pas trop en demander2 aux parents bien que mes parents soient quand même derrière moi et me laissent pas seul, ça c'est sûr. Surtout, ma première fierté, c'est d'avoir réussi le bac en ayant bossé depuis deux ans déjà ici, en voyant que d'autres personnes qui étaient un peu plus aidées financièrement ne l'ont pas réussi, quoi, alors que moi, je travaillais tous les weekends. J'arrivais le lundi matin vraiment HS3 et j'ai quand même eu mon bac du premier coup. C'est pour ça que c'est une fierté.

En cinq ans, le pouvoir d'achat des étudiants a donc fortement diminué, mais ce sont surtout les inégalités qui se creusent d'année en année. Aujourd'hui, les études ne sont pas réservées à une élite mais l'égalité des chances est fortement compromise.

Today, to eat, to be housed, to pay for transport and other costs linked to education, a student needs around 1000 euros per month. That's 23% more than five years ago. This is because of inflation but also soaring property prices.

Yet the level of state grants in terms of scholarships hasn't risen in the same way. Today the welfare situation of students is worrying : 100 000 of them live below the poverty line - with an income of less than 600 euros per month. And every year in France, 20% of students quit their studies because of lack of financial means.




Julien is a privileged student. He's been at university for three years and can count on the financial support of his parents. He also receives a state scholarship of 142 euros per month.

- I've been studying in Mulhouse for three years. My contribute a considerable amount to my education, you can put it like that, and if I didn't have my parents I would be in real difficulty. But despite their help I still have to take little jobs, to do little jobs on the side to cover all the expenses: the books, that kind of thing. I get a scholarship but the scholarship isn't enough to cover everything. The scholarship is essentially to survive, for living expenses. I mean the rent is around 190 euros, so the scholarship doesn't even cover the rent, for example. Apart from that, of course my parents help me out: they give me a bit of money for food or to help with the rent and that might be around 200 or 300 euros. And what's clear is if those 200 or 300 euros weren't there, I wouldn't be able to study. So you see, at the age of 20 I'm still dependent on my parents. And to a certain extent the question you have to ask is, how do students manage if they aren't lucky enough to have parents who can give them 200 or 300 euros per month?


Julien is lucky enough, too, to have moderately priced student lodgings. It's a privilege because in France there are only 150 000 such places. And yet the number of students never stops increasing: today there are 2.3 million.

Some can study near their parents' home but most don't have any choice: to take certain courses, you have to leave home and head for the big cities like Strasbourg, Lyon, Paris or Montpellier. But the cost of renting in the private property market has become unaffordable.

For this reason, the government has decided to give a 300 euros subsidy to students leaving home for the first time. This allowance, called "Aid for students settling in" is meant to help with finding lodgings or to cover moving costs. In all the government will pay out 24 million euros, but this amount is completely inadequate. For the unions, it's also much less than what the government promised a few months ago.


Lucas Jourdain is a representative of UNEF, the National Union of French Students, one of the first unions to sound the alarm bells concerning student living standards.

- In June, July, they told us, yes, we're looking at a global budget of around 90 million. Here we've got a total budget that's 24 million, that'll no doubt end up being a little less, so around 20 million euros. And then it's going to an extremely small group - 3.5% of students - the proportion's very small because it's students who are leaving their parents' home for the first time. They'll get these 300 euros. So you might say it's a first step, except it's an extremely small first step and frankly we're more inclined to see it as a trap. Bait! There, they say, there we are, look, we've put 300 euros on the table, it's wonderful. Well yes, but it's completely insufficient. 300 euros to cover the costs of a new academic year, it's pathetic. It's pathetic and it only concerns 3.5% of students. Frankly it's putting plaster on a wooden leg. That's what it is.


Olivier isn't one of the 80 000 students who'll get the 300 euros : he left his parents' home three years ago now to follow medical studies in Strasbourg. He doesn't receive a state scholarship. The only way he can pay for his flat is to work in a fast food restaurant every weekend.

- Well my name is Olivier. I'm 20 years old and I live in Mulhouse. From Monday to Friday I go to lectures in Strasbourg and I come back every weekend to Mulhouse to work at Macdonalds. In practice that means I make the burgers, I get the meat out, I cook the French fries, I clean the tables, I put the dustbins out, I serve the customers.

- You work 20 hours during the weekend in just two days.

- Between 15 and 20 hours, yes. It's pretty tiring, but it's the only solution I've got so I can study at the same time. Because life in Strasbourg isn't.... You need funds, you need money to get by.

- Do you think that you would do better in your studies if you didn't work?

- That's absolutely certain. But, it's my choice and I couldn't have done otherwise. And more than anything when you see the other students who've really been helped by daddy and mummy, daddy and mummy pay everything for them and all that... I've got the decency that comes from earning my own money and doing things by myself; not asking too much from my parents, even if I do have my parents behind me and they certainly haven't left me to fend for myself. More than anything, my biggest pride was getting the baccalaureat while I'd been working here two years already; and watching other people better supported financially than me not succeeding, while I was working every weekend. I came in on the Monday morning completely knackered and yet I'd got the bac at the first attempt. That's why it was something I'm proud of.

In five years, student spending power has gone down a lot; but it's above all the inequalities that are widening. Today, studies aren't the privilege of an elite. But equality of opportunity is being seriously undermined.

1. Tu travailles - Le tutoiement est justifié parce que la journaliste a probablement environ le même âge que l'étudiant. Cela ne veut pas dire qu'elle le connaît personnellement. Le tutoiement est normal entre jeunes 'de la même famille' dans un environnement étudiant.
2. en demander - être exigeant - 'On m'en demande beaucoup' signifie qu'on me demande de faire beaucoup de choses, beaucoup d'efforts.
3. HS - Ce sont les initiales de 'hors service' qui signifie 'qui n'est pas en état de fonctionner'. On écrit par exemple HS sur une machine qui est en panne, un distributeur de boissons, un ascenseur. On dit cela aussi familièrement quand on est très fatigué.