Le festival de Bande Dessinée à Angoulême

Angoulême, petite cité médiévale perchée sur un éperon rocheux, dans une boucle de la Charente… Angoulême c'est une ville habituellement calme, de 46 000 habitants mais, en cette glaciale fin janvier, 200 000 personnes vont s'y croiser en 4 jours, pour la grand-messe1 de la bande dessinée. Une histoire qui dure depuis 33 ans…
Angoulême is a small medieval city perched on a rocky spur inside a loop of the Charente river. Angoulême is normally a calm town with a population of around 46 000 but during this icy end of January, 200 000 will pass through in four days for the ritual gathering of comic fans. It's a story that's been going for 33 years...
- Ici, c'est sympathique. Enfin, quelque chose qui ne se passe pas à Paris.
Lui, c'est le fondateur. Francis Grouxe. Un véritable Angoumoisin, comme on appelle les habitants d'Angoulême. C'est avec lui que tout a commencé. Car le festival de la BD, c'est d'abord une histoire locale, une histoire angoumoisine...
- Je suis le plus ancien parce que j'avais commencé un petit peu à m'intéresser à la Bande Dessinée et à essayer de la faire connaître aux Angoumoisins. Donc, avant même de créer le festival, comme j'étais animateur bénévole dans des Maisons des Jeunes et de la Culture2, j'avais fait des expositions sur la Bande Dessinée et on s'est aperçu que quand on offrait quelque chose aux Angoumoisins qui connaissaient mal la Bande Dessinée, ça plaisait, et pas simplement aux enfants.
Angoulême crée d'abord 'une quinzaine de la lecture3 pour enfants', à laquelle participe des auteurs de Bande Dessinée. L'initiative marche si bien que le premier Salon international de la BD d'Angoulême ouvre ses portes un an plus tard. Nous sommes en 1974.
- On avait novembre, décembre et janvier pour tout préparer. On a fait donc ce premier Salon - on appelait ça 'Salon' à l'époque - toujours à l'intérieur du musée et dans l'Hôtel de Ville, et en quatre jours le Salon a eu plus de 10 000 visiteurs, presque ce que le musée avait dans une année. C'était un peu avec des bouts de ficelles4, parce qu'on n'avait pas beaucoup de moyens et puis on ne savait pas trop. Donc, ça a été un succès dès la première année. Je dis toujours : "C'était la bonne idée au bon moment" parce qu'il y avait Goscinny qui faisait évoluer son journal Pilote, qui au départ était un journal pour les adolescents et petit à petit il faisait vieillir son journal en même temps que ses lecteurs. Et petit à petit il a ouvert ça à des auteurs beaucoup plus adultes. Donc, on était dans le mouvement. Regardez par exemple Astérix, il y a deux types de lectures. Il y a une lecture pour les petits et puis une lecture avec tous les clins d'oeil. Donc, je pense que c'était le moment. Et puis il y avait quand même un certain nombre de gens un petit peu nostalgiques qui se rappelaient les Bd de leur enfance et qui avaient envie de les revoir. Les BD d'avant-guerre, hein.
Au fil des années, l'histoire prend de l'ampleur… En 1990, Angoulême devient LA capitale de la BD à l'année… Elle ouvre le premier musée national de la Bande Dessinée où sont conservées de nombreuses planches originales, certaines très anciennes. D'ailleurs l'histoire du festival, c'est aussi celle d'un succès, celui de la Bande Dessinée en France. Astérix, Tintin, Gaston Lagaffe sont quelques grands classiques du genre. En France, sur 10 livres vendus, il y a un album de Bande Dessinée. Mais ce succès est plutôt récent, selon Sébastien Bollut, du Centre National de la Bande Dessinée et de l'Image à Angoulême.
- À début du XXe siècle, la bande Dessinée s'est tournée exclusivement vers les enfants bien que la Bande Dessinée au début ait été destinée vraiment aux adultes. Certaines personnes jugeaient ça : c'était pas de la littérature, donc c'était à jeter. On a essayé de dire que la Bande Dessinée c'est de la littérature ou c'est du cinéma, ou c'est de... Non, c'est de la Bande Dessinée. La Bande dessinée est née avant le cinéma. C'est un genre à part entière. Quand on a bien compris ça, c'est clair. Et puis effectivement il y a peut-être des personnes qui sont tombées sur des magazines, à l'époque, après la Seconde Guerre mondiale. Tarzan, ça a choqué de voir un homme-singe, etc. Les gens bien pensants pensaient que c'était une mauvaise influence. Post 68 en France a été très important,les années 70, dans Charlie Hebdo, on voyait Wolinsky, etc. Le journal Pilote a énormément... avec Gosciny à la tête qui a énormément laissé la chance à des jeunes talents qui, comme Bilal, comme Moebius maintenant sont très très connus. Il y a eu une explosion dans la Bande Dessinée à ce moment-là. Les années 70 ont été un tournant quand même très important. En France il y a un grand lectorat de Bandes Dessinées. En Europe, c'est un pays où il y a beaucoup de lecteurs de Bandes Dessinées, où c'est un support acheté, lu, où il y a des critiques, des chroniques, etc. Sauf en télévision. Il n'y a pas de relais vraiment télévisuel mais c'est en train de le devenir.
Le festival de la BD à Angoulême, c'est aussi une histoire de rencontres - entre le public et les auteurs, pour les traditionnelles dédicaces - mais c'est aussi le rendez-vous annuel des talents avec leurs futurs éditeurs.
- Bonjour, je me présente : Omar
- Patrick, dessinateur.
- On se tutoie, hein?
- D'accord.
- Alors, vous me dites ce que vous en pensez, les erreurs qu'il pourrait y avoir.
Planche ou maquettes sous le bras, ils sont des centaines à rejoindre Angoulême, chaque année, pour essayer de réaliser un rêve comme Jocelyn, Omar et Laurent. Le premier a fait une école d'art, le second a travaillé dans le film d'animation, le troisième dessine par plaisir.
- Je viens pour montrer mon boulot parce que je dessine. J'adore ça et voilà, et j'aimerais aboutir en faisant de la Bande Dessinée plus tard. J'étais venu il y a 3 ans et ça avait un peu porté ses fruits quand même. J'avais eu quelques contacts qui m'ont permis d'éditer un tout petit peu et, du coup, eh bien je reviens là pour relancer la machine une bonne fois; ça permet de voir si on est dans le bon chemin, savoir si ça vaut le coup de continuer, histoire de se remettre un bon coup de motivation.
- Ça fait un petit moment déjà que je suis dans le milieu et réaliser les rêves des autres, c'est ce que je faisais; maintenant je vais réaliser mon rêve. C'est vraiment une démarche importante pour moi, le fait d'aller à la rencontre des éditeurs, surtout, de pouvoir leur poser toutes les questions que je me pose tout au long de ma progression vers mon but final : donc faire une Bande Dessinée ou plusieurs.
- C'est comme n'importe quelle activité sportive ou artistique, hein, on se fait beaucoup de mal, on passe des heures, parfois on se dit : "Mais je suis fou de bosser aussi tard", etc. Mais il se passe quelque chose et à un moment donné, on est fatigué, on est très fatigué, et on est très fier d'un dessin, d'une page, d'un book, et là on a envie d'aller trouver son public ou un éditeur, ou on a envie d'aller plus loin. Il y a encore beaucoup de boulot. Il faut épurer. Il faut se trouver son propre style. Il faut douze heures par jour. Faire publier une BD, c'est quelque chose d'extraordinaire pour soi-même, pour tous ceux qui vous entourent. C'est un petit événement.
Face à eux aujourd'hui, la maison Dupuis, un géant belge qui a fait naître, entre autres, le journal Spirou, Boule et Bill et les Schtroumpfs. Patrick Pinchard, est éditeur au journal Spirou et à la recherche de talents.
- Ce sont des auteurs débutants. On essaye surtout de découvrir leur potentialité, de les encourager. Et donc on est là pour les aider, en fait. Pour leur dire ce qui fonctionne bien, ce qui fonctionne pas. Pour leur faire voir aussi la réalité du métier. C'est pas un métier facile. Il y a beaucoup de frustrations. On prend beaucoup de baffes5 dans ce genre de métier. Et donc... leur montrer que s'ils ne s'accrochent pas, eh bien il y a peu de chances qu'ils réussissent, mais que s'ils ont un talent - et beaucoup en ont - ça vaut vraiment la peine qu'ils s'accrochent. En général quand je passe ma carte de visite, c'est qu'il y a un potentiel et qu'il y a des gens qui valent la peine, qui nous recontactent assez vite avec d'autres projets. Les premiers contacts peuvent être fructueux et aboutissent à des travaux mais il faut un an avant que ces travaux aboutissent à un projet d'album. C'est un travail de très longue haleine, hein. Alors, ça on reçoit beaucoup de gens qui ont une potentialité graphique. Le problème, c'est que les scénarios en général ne suivent pas parce que la denrée la plus rare en Bande Dessinée, c'est le scénario. Et donc, dans un deuxième temps, c'est soit de les marier avec quelqu'un qui a déjà fait des scénarios et qui cherche un dessinateur - il y en a très peu- , soit qui s'amène avec un scénariste, alors on travaille en parallèle avec le scénariste, soit qui n'a pas de scénariste, et à ce moment-là on essaye de faire en sorte que lui soit capable de raconter lui-même des histoires, mais ce sont des métiers vraiment très différents et les gens qui sont capables de faire un métier de bande dessinée en tant qu'auteur complet sont rarissimes, hein.
La BD à Angoulême, c'est aussi une histoire de dimension mondiale. Américains, Britanniques, Italiens, Chinois, Sénégalais, Africains du sud, on vient des quatre coins du monde au festival charentais. Pour la deuxième année de suite, les mangas ont leur propre espace, sous l'une des tentes blanches installées en janvier... Une dizaine d'éditeurs se sont installés là avec leurs dessins caractéristiques : des visages aux traits fins, aux grands yeux étoilés.
Le pavillon des mangas ne désemplit pas. Beaucoup de gros éditeurs mais également de plus petits qui tentent de surfer sur la vague manga. Pour Ki-Oon, c'est le tout premier Angoulême.
Cet éditeur basé en région parisienne a sorti son premier album il y a un an et demi. Ahmed Agne est l'un des deux salariés. Il nous raconte une des ces jolies histoires qu'on trouve aussi dans la BD.
- Cécile et moi, on étudiait le japonais à la fac, déjà, on a étudié pendant quatre ans et on y a vécu6 pendant quelques années. On avait une passion pour la Bande Dessinée depuis tout petits déjà. Et puis, bon, Japon et Bande Dessinée, on est venus logiquement au manga. C'est un média qui nous intéressait vachement, qu'on trouvait intéressant et différent de ce qu'on avait l'habitude de voir en France. Un peu moins maintenant parce que ça s'est pas mal imposé quand même, et puis voilà, on a décidé de se lancer et notre avantage, entre guillemets, c'est de pouvoir maîtriser la langue et donc de pouvoir aller au Japon et rencontrer des auteurs indépendants, parce qu'une bonne partie des titres de notre catalogue, c'est des auteurs qui sont indépendants au Japon et pas publiés, donc on passe aussi par des éditeurs japonais mais aussi par des auteurs qu'on rencontre directement sur le terrain et ça permet de faire un vrai travail éditorial de fond, de la conception de la couverture à... etc., et ça, c'est très sympa.
La BD japonaise connaît un succès croissant depuis quelques années en France et Ahmed a sa petite explication.
- Déjà, une certaine rupture par rapport à la franco-belge. Nous, on aime toutes les Bandes Dessinées. On aime la franco-belge. Le comic, c'est le manga, mais c'est vrai que c'est complètement différent de ce qu'on a connu jusqu'à présent, aussi bien dans les thèmes qui sont abordés. Ça peut aller de la petite historiette d'amour de lycéen à... au grand complot international ou à la menace terroriste, etc. C'est vraiment très varié dans les thèmes. Il y a le format aussi et le prix qui est très avantageux parce qu'on a quand même deux cents pages de lectures pour six à neuf euros maximum. Donc c'est une des raisons principales du succès auprès des jeunes.
La Bande dessinée a bien rendu à Angoulême ce que la ville lui a donné. En 2006, le festival international de la Bande Dessinée a accueilli plus de 200 000 visiteurs. C'est une énorme machine, dont les créateurs s'étonnent encore, comme Francis Groux.
- Au départ nous étions des bénévoles qui faisions ça en plus de notre travail et c'est vrai que c'était très prenant mais petit à petit on a une équipe professionnelle avec un directeur et toute une équipe et puis on travaille toute l'année au festival. J'ai toujours du plaisir à y venir. Ce que je regrette un petit peu, c'est que la pression du public, la demande qui est imposée aux auteurs qui viennent là, fait que les rencontres très sympathiques que nous avions avant où on mangeait tous ensemble, et tout, c'est très très difficile, c'est exceptionnel si on peut avoir un moment tranquille avec un auteur.
- It's pleasant here. Finally there's something that isn't taking place in Paris!
That's the founder, Francis Grouxe. A true Angoumoison, as the inhabitants of Angoulême are known. It's with him that everything begun. Because the the Comic Book festival is first and foremost a local story, a story about Angoulême...
- I'm the oldest because I started to become a little bit interested in comic books and tried to introduce them to the Angoumoisins. So even before creating the festival, I worked as benevolent organiser at the Youth Centre, I did exhibitions about comic books and we realised that when we offered something to Angoumoisins, who didn't really know about comic books, they liked it, and not just children.
Angoulême created first a "Fortnight of reading for children" in which the authors of comic books participated. The initiative worked so well that the first Angoulême International Comic Book Show opened it's doors one year later. We're in 1974.
- We had November, December and January to prepare everything. So we did this first Show - we called it a Show at the time - still inside the museum inside the Town Hall, and in four days the Show had more than 10 000 visitors, almost as many as the museum had in a whole year. It was a little bit on a shoestring, because we didn't have much money and then we didn't know too much. So it was a success right from the first year. I always say: "It was the right idea at the right time," because there was Goscinny who was developing his magazine Pilote, which was a magazine for adolescents to begin with and little by little he made his magazine grow up in sync with his readers. And little by little he opened things up to many more adult readers. So we were in the flow of things. Look at Asterix for example, there are two ways of reading it. There's one reading for the young and then a reading with all the nods and winks. So I think it was the right time. And then there was, don't forget, a certain number of people who were a little nostalgic and who remembered the comic books of their childhood and wanted to look at them again. Comic books from before the war.
As the years have gone by, the story has progressed... In 1990 Angouleme became THE capital for comic books each year... It opened the first National Museum for Comic Books, where a number of original drawings are kept, some of them very old.
And what's more, the story of the festival is one of a wider success, that of Comic Books in France. Asterix, Tintin, Gaston Lagaffe are some of the classics of the form. In France, out of every ten books sold, there's one comic book. But this success is relatively recent, according to Sébastien Bollut, from the National Centre for Comic Books and Picture in Angouleme.
- At the beginning of the 20th century, comic books are direct exclusively towards children, even though at the very beginning they were really directed towards adults. Some people were very judgemental : it wasn't literature and therefore it was to be thrown out. People have tried to say that comics are literature or cinema, or... no, they're comics. Comics began before cinema. It's a completely separate medium. When you've understood that, everything's clear. And then yes there are maybe people who came across magazines at a certain period, after the Second World war. Tarzan... it was shocking to see an ape man, and so on. Well-meaning people thought it was a bad influence. The period after '68 in France was very important, the 1970s, in Charlie Hebdo you saw Wolinsky and so on. The magazine Pilote had an enormous.. , with Gosciny in charge, gave a chance to an awful lot of young talents who, like Bilal, like Moebius... are now very very well known. There was an explosion of interest in comics at that time. The 70s were a very important turning point. In France there's a very big readership of Comics. In Europe it's a country where there are lots of readers of comics, where it's a form that's bought, read, where there are critics, chronicles and so on. Except on television. There's no real televisual echo, but it's starting to happen.
The festival of comics at Angouleme is also about contacts - between the public and the authors, for the traditional book signings - but also the annual meeting between talents and their future editors.
- Hello, let me introduce myself: Omar
- Patrick, illustrator.
- We can address each other as tu, can't we?
- OK.
- So tell me what you think, any errors that you might find.
Illustrations or storyboards under their arms, there are hundreds who come to Angouleme each year to try to make their dreams come true: like Jocelyn, Omar and Laurent. The first did art school, the second worked in animated films, the third draws for pleasure.
- I've come to show off my work because I'm an illustrator, I adore doing that and there we are, and I'd like to end up doing comics later. I came here three years ago and that bore some fruit all the same. I had some contacts which enabled me to publish a little bit and as a result I'm back again to kick-start things again properly; that will enable me to see if I'm on the right road, to know whether it's worth continuing, to give myself a good blast of motivation.
- It's been a little while that I've already been in this world, helping others to achieve their dreams, that's what I've been doing; now I want to achieve my dream. It's a really important step for me, the fact of going in search of editors, above all, to be able to ask them all the questions that I ask myself throughout my path to my final goal: to do one or several comic books.
- It's like any sporting or artistic activity, you suffer a lot, you spend a lot of time, sometimes you say to yourself : "But I'm mad to work so late" and so on. But something happens and at a certain point you're tired, very tired and you're very proud of a drawing, of a page, of a book and then you've a desire to go and seek out a public or an editor, or you've go a desire to take things further. There's still a lot of work to be done. You've got to fine tune things. You've got to find your own style. You need to spend 12 hours a day. To publish a Comic Book, it's something extraordinary for yourself, for everyone around you. It's a little event.
Opposite them today is the Dupuis publishing house, a giant from Belgium which has given birth amongst other things to the newspaper Spirou, Boule et Bill and the Smurfs. Patrick Pinchard is the editor of the journal Spirou and is on the look out for talent.
- They are authors who are just starting out. We try more than anything to uncover their potential, to encourage them. And so we're there to help them, in fact. To tell them what works well, what doesn't work. To help them see as well the realities of the job. It's not a job that's easy. You receive a lot of slaps in the face in this type of business. And so to show them that if they don't stick at it, well there's very little chance that they'll succeed but if they are talented - and a lot of them are - it really is worth sticking to it. In general when I give them my calling card, it means there's a potential and there are people worthwhile, who will be getting back in touch rapidly with other projects. The first contacts can be fruitful and lead to work but it takes a year before this work can lead to a project for an album. It's a long-term job. So we get a lot of people who have potential as graphic artists. The problem is that the scenarios aren't up to it, because the rarest commodity in comic books is the scenario. And so in a second phase it's a question of either matching them up with someone who's already done scenarios and who's looking for an illustrator - and there are very few of those - or that the person comes along with a scriptwriter, so then we work in parallel with the scriptwriter, or that the person doesn't have a scriptwriter and at that point we try to organise things so that he's capable of telling stories himself; but they are very different jobs and people who are capable of authoring a book completely are very rare.
Comics at Angouleme are also the story of the worldwide dimension. Americans, British, Italians, Chinese, Senegalise, South Americans people come from the four corners of the globe for the festival in Charente. For the second year running, mangas have their own zone, under one of the white tents installed in January. A dozen publishers are installed there with their characteristic drawings : finely drawn faces with big starry eyes.
The mangas pavillion is never empty. There are lots of big publishers but also smaller ones trying to ride on the manga wave. For Ki-Oon, it's a first time at Angouleme.
This publishing house based in the Paris region brought out his first album a year and a half ago. Ahmed Agne is one of the two employees. He tells us one of those great stories that you also find in the world of comics.
- Cécile and I studied Japanese at University already, we studied for four years and we live there for several years. We were fans of comics from a very young age already. And then well, Japan and comics... we arrived logically enough at mangas. It's a media that interests us enormously, that we find interesting and different from what we're used to seeing in France. A little less now because it's fairly well established all the same, and then there we are, we decided to launch ourselves into this project and our advantage, in inverted commas, is being able to master the language and so we can go to Japan and meet independent authors, because a large part of our catalogue is authors who are independent in Japan and haven't been published, so we go via Japanese publishing houses as well but also via authors that we meet directly on the ground and that enables us to do a real editorial job from the bottom up, from the concept for the jacket to... and so on, and that's very nice.
Japanese cartoons enjoy a growing success in France for several years and Ahmed has his little explanation.
- To begin with, it's a rupture with the franco-belgian tradition. We like all comics. We like the franco-belgian tradition. For humour, it's mangas, but it's true that it's completely different to what we've known up until now, as well in terms of the themes that are tackled. It can vary from a little college love story ... to a big international conspiracy or the terrorist threat. It's really very varied in terms of themes. There's the form as well and the price which is very attractive, because you have two hundred pages of reading for 6 to 9 euros top price. So it's one of the principle reasons for their success with the young.
Comics have given back to Angouleme what that city has given to comics. In 2006, the International Comic festival received more than 200 000 visitors. It's an enormous machine that still astonishes founders such as Francis Groux.
- To begin with we were benevolent workers who did that plus our normal jobs and it's true that it was very demanding but little by little we've got ourselves a professional team with a director and everything and we work all year round on the festival. It's still a pleasure to come here. What I regret a little is the pressure of the public, the demands that are imposed on the authors who come here, mean that the very pleasant meetings that we used to have where we all ate together and so on, it's very very difficult, it's very exceptional to be able have to a quiet moment with an author.



