Une promenade au jardin des Tuileries

- À certaines saisons quand on arrive et qu'on voit le soleil se lever derrière le Louvre, c'est vraiment magique, quoi. Le jardin est vide. On se sent chez nous. On a l'impression d'être un peu propriétaires de cet espace magnifique.
- In certain seasons when you arrive and you see the sun rising behind the Louvre, it's really, like, magic. The garden is empty. You feel like you are at home. You have the feeling of being a bit like the owners of this magnificent space.
Un lieu magnifique et coloré au centre de Paris dans le premier arrondissement. Allez, je vous donne un indice, il fait 26 ha entre le Louvre et la place de la Concorde. Eh bien, c'est le jardin des Tuileries. On va le découvrir aujourd'hui en compagnie de Chantal Vernillet.
Alors Chantal, vous êtes technicienne d'art, maître ouvrier, adjointe du jardinier en chef des Tuileries et on a remarqué avec vous que le jardin est certes un endroit très prisé et très connu pour son cadre agréable mais ce qu'on sait moins c'est que c'est un lieu historique qui fait partie au XVIe siècle, puisque c'est l'époque à laquelle il a été aménagé, il fait partie d'un ensemble très cohérent, très pensé, qui comprend le Louvre, d'un côté, et surtout le château des Tuileries. Alors, racontez-nous son histoire.
- Il a été construit à la demande de Catherine de Médicis qui souhaitait avoir un château avec un jardin. Donc il a été construit au XVIe siècle. Il se trouvait entre les deux pavillons des extrémités des ailes du Louvre, puisque les ailes du Louvre ont été construites, en fait, pour rejoindre le Palais des Tuileries et former une cour.
Et comment le jardin des Tuileries a évolué ensuite, parce qu'on imagine qu'il n'est pas resté dans sa configuration d'origine?
- Le jardin n'avait pas du tout cette configuration. Il était terminé par un écho.Il était beaucoup plus petit. C'était un jardin de carreaux. C'est André Le Nôtre au XVIIe qui a ouvert complètement ce jardin et qui a ouvert la perspective. Il faut savoir qu'à l'époque rien n'était construit. On voyait les buttes1. La butte de Chaillot, la butte du mont Valérien. Des moulins, on voit sur les gravures d'époque toutes ces buttes avec ces moulins et la campagne environnante. Le château a disparu, il a été incendié pendant la Commune, donc on se retrouve en fait dans un jardin de château sans château. Ça, c'est un peu dommage parce que, en fait, le palais a été construit par rapport au jardin et le jardin par rapport au palais.
- Ça, c'est des vieux platanes, en fait, qui ont à peu près entre 150 et 200 ans. Il n'y en a plus beaucoup malheureusement, hein. Il en reste cinq ou six dans le jardin, mais bon, ils ont quand même une grande valeur paysagère parce qu'en fait ils encadrent l'axe central et ils marquent le début du Grand Couvert. Toutes nos pièces de gazon au niveau de l'axe central et du Grand Couvert sont entourées de piquets et de cordelettes. C'est sûr que quand on voit ces gazons qui sont verts, qui paraissent très tendres et très frais et qu'il fait chaud on a envie d'aller dessus, de s'allonger, etc. Simplement il faut bien avoir toujours en mémoire l'effet voulu au niveau de ces parties gazonnées. Dans le grand carré par exemple tous les gazons sont bombés. Pourquoi ils sont bombés aux extrémités? Parce que en fait quand on regarde de loin on a l'impression que les gens qui sont dans les allées sont au milieu des fleurs et s'il y avait plein de monde sur les gazons on n'aurait pas cet effet de perspective. Notre oeil n'aurait pas cette projection.
Vous êtes une équipe d'une vingtaine de jardiniers qui travaille de façon permanente au jardin des Tuileries mais au moment des plantations il y a aussi des jardiniers saisonniers, des stagiaires qui viennent vous aider et ça vous permet d'avoir un rendu plus soigné, plus agréable pour le jardin des Tuileries, comme par exemple l'axe central.
- On voit que les arbres sont taillés en rideaux2. On favorise la croissance des branches latérales. Les branches latérales des arbres vont se rejoindre et vont former un écran en fait, et donc ça sert à renforcer les perspectives.
- On va retrouver dans les jardins du XVIIe un axe principal, central. Tous les croisements sont marqués par des essences particulières, beaucoup de marronniers, beaucoup de tilleuls parce que ce sont des arbres qui supportent bien la taille.
- On découvre des fois certaines espèces, certaines variétés qui ne sont pas plantées. On ne sait pas trop d'où elles viennent mais c'est le vent qui les a disséminées et elles se développent aux Tuileries. Là, les jardiniers sont en train de travailler au désherbage d'un bosquet3. Bon, dans ce bosquet il y a un pêcher. C'est sûrement quelqu'un qui a mangé une pêche et qui a jeté son noyau, et le noyau a germé. Le pêcher a poussé.
- Bonjour Lauren ! Alors les enfants viennent dans votre petit potager. Il participent à des ateliers de quelques heures. Qu'est-ce qu'ils y découvrent?
- On fait aussi bien avec les semis que les plantations, le désherbage. On essaie de faire le maximum avec eux. Bon, j'avoue aussi que moi je repasse un peu derrière de temps en temps. On essaie de faire pousser un peu tout, les pommes de terre, les salades, les tomates, poivrons, les herbes aromatiques, des fleurs aussi, voilà, des citrouilles. On essaie de faire la cueillette avec les enfants, de prévoir les dates, et puis, eh bien, personne ne s'est servi avant. En fait, ça arrive qu'on fasse des recettes, donc des ateliers cuisine. Et puis sinon, on donne aux enfants et ils repartent avec à la maison. Voilà !
Dans le bassin des Tuileries,
Le cygne s'est pris en nageant,
Et les arbres, comme aux féeries,
Sont en filigrane d'argent.
Les vases ont des fleurs de givre,
Sous la charmille aux blancs réseaux;
Et sur la neige on voit se suivre
Les pas étoilés des oiseaux.
Au piédestal où, court-vêtue,
Vénus coudoyait Phocion,
L'Hiver a posé pour statue
La Frileuse de Clodion.
Théophile Gautier les a évoquées dans certains de ses poèmes qui rappellent les Tuileries, ce sont les sculptures. Et vous allez voir que c'est une partie importante du parc qu'on ne pouvait vraiment pas contourner.
- On est le plus grand jardin qui expose des sculptures de toutes époques en Europe puisqu'on retrouve du Giacometti, du Dubuffet, des vases Médicis. Les plus contemporaines se trouvent sur ce qu'on appelle les salles vertes qui ont une forme incurvée et qui est aussi un élément classique puisque ça vient de l'anglais bowling green et qu'on appelle en français le Boulingrin, c'est-à-dire les formes incurvées de gazon puisque à l'époque il y avait énormément de jeux de ballons, de boules, et donc le fait que la pelouse soit incurvée ça permettait de limiter la course du ballon; et donc le ballon restait dans cette partie et ça évitait à ces gentilhommes d'aller courir après le ballon.
Et ça, c'est quoi au juste?
- Alors, question récurrente : «Mais c'est un arbre que vous avez gardé, qui est tombé pendant la tempête?» Pas du tout! «Il a été mis en place au moment de la tempête.» En janvier, en janvier 2000. C'est une sculpture, c'est un arbre en bronze. Comme il a été installé en janvier 2000 juste après la tempête effectivement le public se renseignait tout le temps en fait pour savoir si c'était un arbre qu'on avait récupéré de la tempête, et tout4. Et on a eu beaucoup de piétinements parce que effectivement les gens veulent toucher. Les paysagistes ont voulu l'aménager comme un sous-bois puisque en fait la sculpture est un arbre, chaque extrémité des branches de la sculpture vient appeler un arbre vivant. Ils ont voulu jouer - en implantant, en choisissant ces arbres vivants - sur le fait qu'il soit caduque ou persistant, c'est-à-dire qu'il perde ses feuilles en hiver ou qu'il les garde; sur la couleur du feuillage et également sur la couleur du tronc.
- Ce qui est très intéressant c'est la plantation des pervenches qui est plantée sous le tronc de l'arbre, de la sculpture et sous les branches. En fait quand la pervenche est en fleurs c'est comme si on voyait l'ombre portée au sol de l'arbre, et c'est... en pleine floraison c'est tout bleu, c'est magnifique.
- Je suis déjà tombée sur quelqu'un qui avait dormi là, caché entre les herbes, ou des gens qui viennent pique-niquer. On leur dit: mais c'est pas autorisé! -Mais si c'est sauvage! -Mais non, c'est géré, c'est entretenu, c'est pas sauvage du tout. C'est l'effet voulu. On voit, petit à petit, que les gens se l'approprient. L'année dernière, quelqu'un du public a trouvé que ça faisait trop nu, donc il avait planté des tournesols, par exemple.
Certains se l'approprient, mais il faut bien le rendre, le jardin des Tuileries aux millions de visiteurs qui viennent chaque année s'y promener et à ceux aussi qui simplement préfèrent traverser le quartier au vert entre deux rendez-vous. Pourquoi pas? C'est quand même bien plus agréable que de marcher sur du béton.
Merci encore à Chantal Vernillet et à Olivier pour leurs explications et un bon conseil : si vous voulez déjeuner dehors préférez un ancien jardin royal, c'est vraiment très très charmant.
A magnificent and colourful place in the middle of Paris in the 1st district. Go on then, I'll give you a clue, it's 26 hectares betwen the Louvre and Concorde square. Well, it's the Tuileries garden. And we're going to discover it today in the company of Chantal Vernillet.
So Chantal, you are a qualified artisan, a master craftswoman, deputy to the head gardener at the Tuileries and we were saying together that the garden is certainly a spot that's much sought after and well known for it's agreeable setting, but what is less known is that it's a historic spot which belongs to the XVIth century because it was at that time that it was laid out, it was part of a very coherent whole, well thought, which includes the Louvre on one side and above all the Tuileries château. So tell us it's story.
- It was constructed at the request of Catherine de Médicis who wished to have a chateau with a garden. So it was constructed in the 16th century. It was between the two pavillions at the ends of the wings of the Louvre, because the wings of the Louvre were built, in fact, to join up with the Tuileries palace and form a court.
And how did the Tuileries garden evolve afterwards, because I imagine it hasn't kept its orginial layout?
-The garden didn't have this layout atall. It was much smaller. It was a tiled garden. It was André Le Nôtre in the XVIIth century who opened completely this garden and who opened up the perspective. You should know that at that time nothing was built up. You could see the mounds. The mound of Chaillot, the mount Valérien mound. Millls... you see on all the engravings of the time all these mounds with the windmills and the surrounding countryside. The château has disappeared, it was burnt during the Commune, so we find ourselves in fact in a garden for a chateau without the chateau. That's a bit of of a pity because, in fact, the palace was constructed in relation to the garden and the garden in relation to the palace.
- Those there are old plane trees which are between 150 and 200 years old. There aren't many left unfortunately. There are five or six in the garden but well they're very important for the landscape because they frame the central path and the beginning of the Guard's Room. All the lawns around the central path and the Guard's Room are surrounded by stakes and string. It's sure that when you see these lawns which are green, which seem very tender and very cool and when it's hot - you want to go on to them, to lie down and so on. Simply you must bear in mind the desired effect of these lawn area. In the large square for example all the lawns bulge out. Why do they bulge out on the edges. Because when you look from a long way away you have the idea that the people who are in the alleyways are in the middle of flowers and if there were lots of people on the lawns you wouldn't have this trick of the perspective. Our eye wouldn't have this projection.
You are a team of twenty gardeners who work permanently in the Tuileries gardens but at planting time there are also seasonal gardeners, trainees who come to help you and that helps you have a more looked after finish, more pleasant for the Tuileries garden, like for example in the central pathway.
- You see that the trees are shaped like curtains. We favorise the growth of the horizontal branches. The horizontal branches of the tress will join up to form a screen in fact and so that helps reinforce the perspectives.
- You will find in the XVIIth century gardens a main central axis. All the junctions are marked by specific entities: lots of chestnut trees, lots of lime trees because they are trees which are easily shaped.
- You discover sometimes certain species, certain varieties which weren't planted. You don't know too much where they come from but it's the wind that's disseminated them and they develop in the Tuileries. There, the gardeners are working on the weeding of a grove. Well in the grove there's a peach tree. It's certainly someone who ate a peach and who through away the stone and the stone germinated. The peach tree grew up.
- Hello Lauren! So the children who come in your little kitchen garden. They take part in workshops that last for a few hours. What do they learn there?
- We do everything from seeds to planting to weeding. We try to do the maximum with them. Well, I admit as well that I follow behind them from time to time. We try to grow a bit of everything, potatoes, salads, tomatoes, peppers, aromatic herbs, flowers as well, pumpkins. We try to harvest with the children, to anticipate the dates and then well, nobody used this before. In fact, it can happen that we do recipes, so cooking workshops. And well otherwise we give to the children and they take back to the house. There we are.
In the pond of the Tuileries,
The swan is caught swimming,
And the trees, like in fairytales,
Are silver watermarks.
Vases have flowers of hoarfrost,
Beneath bowers of interlaced white,
And on the snow you see one after the other,
The starry steps of the birds.
At the pedestal where, scantily dressed
Vénus closed up to Phocion,
Winter placed as a statue
Clodion's Chilly Lady.
Théophile Gautier evoked them in some of his poems which recall the Tuileries, they are the sculptures. And you'll see that they form an important part of the park which you can't really miss.
- We are the largest garden in Europe to exhibit sculptures of all ages because you find here Giacometti, Dubuffet, Médici vases. The more contemporary works are to be found in what we call the green rooms which have a curved form and which are also a classic feature because they come from the English bowling green and which we call in French the Boulingrin, that's to say curved forms of lawn because at the time there were lots of ball games, bowls, and so the fact that the lawn was curved allowed the run of the bowling ball to be limited and so the ball stayed in this area and that saved these gentlemen from having to run after the ball.
And what is that exactly?
- Well that's a question that keeps coming up: «But is that a tree that you have kept, which fell during the storm?» Not atall. «It was installed at the time of the storm.» In January... in January 2000. It's a scupture, a bronze tree. As it was installed in January 2000 just after the storm, effectively the public asked all the time, is this a tree that you recovered from the storm and so on? And we've had lots of trampling because people want to touch it. The landscapers wanted to arrange it as a miniature wood, because the sculpture is a tree and each branch tip calls out to a living tree. They wanted to play - by planting, by choosing these living trees - on the fact that they're deciduous or coniferous, that's to say whether they loose their leaves in Winter or they keep them; on the colour of the leaves and equally the colour of the trunk.
- What is very interesting is the planting of periwinkles under the trunk of the tree, of the sculpture and under its branches. In fact when the periwinkles are in flower it's as if you were to see the shadow of the tree on the ground and in full flower it's all blue, it's magnificient.
- I've already stumbled on someone who slept there, hidden in the grass, or people who come to picnic. We say to them: well that's not allowed! - But it's so wild! - But no it's managed, it's kept, it's not wild atall. It's the desired effect. You see little by little, the people are appropriating it. Last year someone in the public found it was too sparse so he planted some sunflowers, for example.
Some people appropriate it but you have to give the Tuileries garden back, to the thousands of visitors who come each year to wander around and also to those who simply prefer to cross a green space between two meetings? Why not? It's much more pleasant than to walk on concrete.
Thank you again to Chantal Vernillet and to Olivier for their explanations and a good tip: if you want to eat outside, go for a former royal garden, it really is very very charming.



