Le minitel fête ses 21 ans

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janvier 2004

Le minitel fête ses 21 ans
  

Un appareil qui sait téléphoner à quelqu’un même si on ne connaît pas son numéro? Cela doit être * - la dernière mode">le dernier cri* de la haute technologie, non? Mais non, c’est l'humble Minitel français, qui vient de fêter ses 21 ans.

L’histoire du Minitel est une aventure qui est aussi riche en leçons économiques que techniques, à commencer par un beau geste de volontarisme de la part de France Télécom en 1982...

C'est un grand succès parce que c'est un...  le Minitel est l'appareil, hein, qui est destiné à se raccorder et à accéder à un réseau qui s'appelait Télétel, et donc ce Minitel a été distribué à tous les usagers du téléphone français qui en manifestaient le désir, c'est -à -dire qu'il y a eu plusieurs millions d'appareils qui ont été distribués, gratuitement dans un premier temps, et c'est ce qui fait que bien sûr il a été très accepté dans les foyers français.

Quelle audace! C’est difficile d’imaginer une entreprise privée oser faire une distribution gratuite à une telle échelle. Et le pari a été gagné, parce que, attaché à sa nouvelle technologie, le public français a adopté avec enthousiasme les services payants qui ont suivi. Historien de la télécommunication, Christian Altier:

Ca a été effectivement un outil, un produit qui a été rentabilisé parce que déjà il y avait un énorme investissement au départ. On a distribué dans un premier temps ce Minitel gratuit aux usagers pour qu'ils puissent accéder à l'annuaire électronique et de cet usage il va arriver d'autres usages qui sont des usages commerciaux et la grande idée de ces usages commerciaux c'est que l'opérateur téléphonique effectuait la perception de la prestation et la redistribuait aux prestataires de service et * de banquier - faire office de... : avoir la fonction de...">il faisait en quelque sorte office* de banquier, entre, d’une part, l’usager du téléphone et les prestataires d’autre part.

Un service avec un chiffre d’affaires de 750 millions d’euros au sommet de sa popularité en 1997. Mais tristement pour le Minitel, cela a été un succès qu’on n’a pas réussi à exporter.

Alors il y a eu effectivement de nombreuses expériences, y compris aux États-Unis, en Allemagne, en Angleterre, très ponctuelles, dans des régions très ponctuelles, de diffusion du Minitel. Mais c’est vrai que ces expériences n’ont pas été très concluantes. Alors, l’explication est difficile, personnellement j’en ai une, mais elle n’appartient qu’à moi, et je peux la partager bien sûr. Je pense qu’il y a un certain protectionnisme, qu’il y a eu un certain protectionnisme à cette époque, qui a fait que le Minitel n’a pas été diffusé comme il aurait dû l’être.

Malgré l’arrivée de l’internet, il reste presque 5 millions d'appareils Minitel en service aujourd’hui. Accros comme Annick Pelletier, comptable:

Je sais pas, pour moi Internet c'est compliqué. Quand on veut quelque chose on nous sort des tonnes d'autres choses, ce qui fait qu'on se perd dans vraiment ce qu'on veut et moi ça me convient pas, quoi. Il y a des choses que Internet me propose, ça ne m'intéresse pas, j'ai pas demandé ça, enfin bon. Le minitel c'est quelque chose de carré, j'ai l'impression que c'est plus moi qui suis maître de cet outil puisque je demande une chose, il ne me donne que ce je demande et pas dix mille choses à côté, et puis moi je me perds là-dedans, quoi.

Il a effectivement un usage qui est toujours très développé, toujours en France, hein, dans l’hexagone français. Il continue à exister, il continue d’être utilisé, ne serait ce que pour l’annuaire électronique mais aussi pour des services, services publics, services bancaires et notamment grâce à l'adjonction il y a quelques années d’un petit accessoire très utile, que l’on appelait à l’époque l’ECAM (le lecam?),  c’est en fait un lecteur de carte à mémoire magnétique ou de carte à mémoire électronique, plutôt, et grâce à ce lecteur de carte on peut effectuer des opérations financières et là aussi ça rend des services tout à fait intéressants.

Néanmoins le déclin de l’usage des appareils Minitel est incontestable - moins 20 pour cent l‘année dernière. Il y aura un avenir, sans doute, pour les inconditionnels comme Annick ou comme service payant sur Internet. Mais sa belle époque comme objet d’avant -garde est terminée.

Est-ce qu’on peut voir dans cette histoire les vraies origines de l’Internet? Christian Altier reste modeste:

Qui a inventé Internet? Ça, c’est une question bien difficile! Je pense que c’est la défense américaine, qui a demandé aux universitaires américains, il y a plusieurs décennies déjà de mettre au point un système qui leur permettrait, qui serait indestructible même en cas d’altération du réseau et qui permettrait à l’armée américaine de communiquer, quelles que soient les circonstances, et ces universitaires américains ont travaillé en collaboration avec des universitaires européens et ont profité de ce réseau pour communiquer entre eux et ainsi est né et a évolué le système Internet.

Mais si l’Internet d’aujourd’hui est en partie défini par son implantation * - la vie de tout le monde, la vie des gens ordinaires">dans la vie de tout un chacun*, il est clair que le Minitel a bien sa place dans l’histoire.

On peut effectivement considérer que le Minitel était un précurseur d’Internet, c’était un Internet à l’usage franco-français, bien sûr, ou pratiquement, mais c’était vraiment un précurseur d’Internet qui utilisait bien sûr des vitesses de transmission infiniment moindres, qui avait des capacités infiniment moindres, mais qui était tout à fait dans la philosophie d’Internet.

Je pense que les Français ont occupé une très grande place, notamment ce qui s’appelait à l’époque le CNET, le centre national des études des télécommunications dans l’évolution des outils de communication en général, et notamment leur évolution en utilisant l’outil informatique. Et durant les années quatre- vingt, notamment, avant également, bien sûr, mais durant les années quatre-vingt les Français, le CNET, France Télécom, étaient effectivement à la pointe des développements technologiques. Et cette situation continue, mais d’une façon plus économique bien sûr, puisque maintenant les réseaux sont ouverts à la concurrence et * France Télécom Recherche et Développement - bien entendu : bien sûr">c’est bien entendu* France Télécom Recherche et Développement qui poursuit cette tâche engagée par le CNET il y a plusieurs années.


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