Jean-Marie Le Pen bouleverse les élections présidentielles

Reportage :      Durée : 
avril 2002

Jean-Marie Le Pen bouleverse les élections présidentielles
  

Tout est possible, parce que, voyez, les électeurs, là, ils ont fait preuve d'audace. Ils ont fait preuve de lucidité et ils peuvent continuer parce qu'ils en ont assez de l'état dans lequel était la France. Ils manifestent leur volonté de changement. Jean-Marie Le Pen est l'homme du rassemblement, donc tout est possible.

Jean-Marie Le Pen reaches the second round of the Presidential elections.

Ma réaction, c'est que je suis au paradis.

Des militants du Front National, le parti de Jean-Marie Le Pen, fêtent un résultat électoral qui a envoyé des ondes de choc partout dans le pays. Le Pen a recueilli environ 17 pour cent des voix. Le premier ministre Lionel Jospin ne sera pas présent au second tour des élections présidentielles, ce qui n'était pourtant pas envisageable avant le vote. Il a même annoncé qu'il allait se retirer de la vie politique.

Le second tour mettra donc en présence le président sortant Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen.

Le slogan de Le Pen est 'La France pour les Français'. Son discours dénonce les immigrés comme étant la source de tous les maux de la société française. Son score est une catastrophe, en premier lieu pour la population immigrée, mais c'est aussi vécu comme une honte pour le pays devant la communauté internationale.

Pour les militants socialistes réunis avant les résultats en direct transmis à la télévision, le choc a été total:

C'est pas vrai! C'est pas croyable!

Lionel Jospin 16%, François Bayrou 6,6%, Arlette Laguiller 6,4%, Jean-Pierre Chevènement 5,3%...

Il y a plusieurs explications à ce résultat. D'abord il y a eu un taux d'abstention d'environ 40 pour cent, ce qui bat tous les records. Et c'était surtout dans des quartiers qui soutenaient traditionnellement le Parti Socialiste. Jospin n'a pas mené une campagne électorale très dynamique; son image est assez froide, et c'est clair qu'il n'a pas réussi à mobiliser tous ses partisans.

Il devait aussi se battre contre trois partis d'extrême gauche et contre trois 'alliés' de son gouvernement de coalition qui se sont présentés contre lui. Cela s'est traduit par une grande dispersion des voix, et ses militants ont été prompts à condamner tous ces concurrents qui auraient dû être dans son camp:

C'est un gros choc, oui... parce que c'est un déni de démocratie après 5 ans de ce que je considère personnellement comme étant du progrès social. Personnellement, je pense que la responsabilité est largement due à la position des parties d'extrême gauche en France qui, dans une démarche totalement mortifère, ont décidé de mener à ça, voilà... d'extrême gauche, Arlette Laguiller, Olivier Besancenot, et dans une moindre mesure, monsieur Glukstein, ont une large part de responsabilité.

Ce soir, on est assez secoués, hein. C'est un réel danger pour la démocratie de voir Le Pen à 17%. Je pense que l'éparpillement des voix au premier tour entre les candidats d'extrême gauche et Chevènement ont contribué à la défaite de Jospin au premier tour. Donc c'est... c'est assez dramatique quoi.

La décision du président Jacques Chirac d'exploiter le thème de la sécurité a aussi ouvert la porte à Le Pen: cela a focalisé le débat sur son terrain de prédilection. Chez les Chiraquiens, il y avait de l'ambiance bien sûr:

Le Pen étant au second tour, bon, c'est vrai que ça nous facilite la tâche. Mais bon, voir Le Pen au second tour, pour l'image de la France à l'étranger, c'est pas vraiment souhaitable. Donc, c'est mitigé, mais bon, on est quand même un peu soulagé, quoi.

D'abord, je constate que Jacques Chirac a fait un score à peu près équivalent à celui qu'il avait fait en 95. Le séisme politique vient d'ailleurs, vient de Jean-Marie Le Pen qui sera au deuxième tour de l'élection présidentielle. Bon, je crois que les socialistes sont en train de payer l'insécurité qu'ils ont amené, ou ils ont pas su résoudre l'insécurité dans notre pays. Non, voilà, le problème est là et tout simplement là. C'est pas l'usure du pouvoir, comme le raconte Jean-Marie Le Pen, des deux candidats, c'est simplement que les gens ont voté parce qu'ils se sentent pas bien dans leur ville, dans leur quartier, dans leur communes. Ils ont des problèmes permanents, donc, maintenant, ils ont un vote de réaction, voilà. Et je pense qu'on verra ce vote une fois, et peut-être pas deux.

Mais tous les raisonnements sur les campagnes et la dispersion des voix ne cache pas le fait qu'un français sur cinq se prononce pour des programmes hostiles aux immigrés. Pourquoi l'extrême droite? Pourquoi Le Pen?

Pourquoi? Parce qu'il est français. Je pense qu'il y a que lui qui peut nous redonner la France de Louis XIV.

Leur joie est totale.

Ben moi ma réaction, c'est que maintenant, on est au deuxième tour, hein, c'est la tef*. Et puis bon, maintenant, la souveraineté de la France, on va voir, on va voir... ça devait arriver depuis des années et des années, on répète, on répète toujours les mêmes choses, et moi je veux dire, le Pen au deuxième tour, ça devait arriver. le seul homme à dire la vérité, c'est qui? C'est Jean-Marie Le Pen, depuis des années. On le sait, les problèmes, l'insécurité, l'immigration et ce qui s'en suit. Donc, voilà, quoi, voilà!

Et ça donnera une mauvaise image de la France à l'étranger? Bien sûr les militants sont persuadés que non.

Pas de tout, pas du tout, pas du tout. En ce qui concerne l'étranger, regardez, dans les pays d'Europe, en Italie, en Autriche, hein, regardez, donc, ça veut dire qu'au bout d'un moment les gens, au bout d'un ras le bol*, ils ouvrent les yeux et ils voient. Ils ont plus le choix. Maintenant, bon, au deuxième tour, monsieur Chirac, monsieur Le Pen. Reste à savoir ce que vont faire les gens de gauche. Libre à eux de choisir.